Trois défis: modéré, pauvreté, sens

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26 et 27 avril 1997

Assemblée des Conseils diocésains
(Maison diocésaine)


1- Changements dans la vie des hommes et la société
2- Questions que ces évolutions posent à notre Eglise diocésaine
Votes des orientations pastorales



Le synode diocésain de 1993, a confié sa mise en oeuvre à chacun des conseils diocésains et à l'article 814 des actes synodaux "Routes d'Evangile" leur a donné rendez-vous :

"L'Assemblée des Conseils Diocésains sera convoquée au bout de quatre ans pour faire l'évaluation des orientations et des décisions prises lors du Synode et approuvées par l'évêque. En fonction de nouvelles situations, ou de réajustements nécessaires, certaines propositions seront réaffirmées ou réorientées " .


1997 - le moment est venu d'honorer ce rendez-vous et d'assurer la mission d'évaluation qui a été confiée à chaque Conseil.

La réflexion menée par les différents Conseils du diocèse, nous a permis ces derniers mois d'entrer dans une meilleure appréhension du monde qui nous entoure, des personnes qui le constituent, de la force avec laquelle certaines questions se posent ou se reposent compte tenu de l'évolution des mentalités, des changements de conditions de vie auxquelles l'homme d'aujourd'hui est appelé.

Il nous a paru possible d'organiser ces changements de société, ces évolutions marquantes de notre monde depuis quatre ans, autour de grands défis : l'homme d'aujourd'hui, en relevant quelques évolutions notoires, tout spécialement les mécanismes d'exclusions et la recherche de sens.

Ce dossier "bilan" va dans une première partie énumérer un certain nombre de changements dans la vie des hommes et dans la société, qui ont été perçus par les différents conseils diocésains.

En deuxième partie, nous prendrons les questions que ces évolutions posent à notre Eglise diocésaine et nous verrons comment elle se laisse interroger par ces changements.

Ce document ouvrira la réflexion et le travail proprement dits de l'Assemblée puisqu'elle aura à s'interroger sur :

Quelles exigences pastorales pour notre Eglise diocésaine suscitent ces défis ?

- dans son organisation pastorale ?
- dans le travail des divers acteurs de cette pastorale ?



1- Changements dans la vie des hommes et la société

Les conditions de vie et les mentalités d'aujourd'hui interrogent une Eglise qui se reconnaît plus que jamais appelée à se situer résolument au coeur du monde.

Chaque conseil s'est attaché à souligner les traits qui marquent la vie des hommes auprès desquels, il est plus particulièrement envoyé et à qui il a à manifester la bonne nouvelle chrétienne.


1- Des écarts grandissants

Depuis quatre ans il nous semble que la précarité et le chômage se sont aggravés. La précarité touche et fragilise, plus ou moins tous les milieux, les personnes et les structures de la société. Les jeunes sont de plus en plus exposés à ces problèmes. Certains secteurs de la technologie évoluent très rapidement, ceci modifie sans cesse le rapport de l'homme au travail, au temps libre. A travers ces nouvelles donnes économiques, comment les êtres humains peuvent-ils exercer leur responsabilité personnelle et collective ?

Le nombre des exclus "économiques" et "sociaux" augmente. "L'assistanat" qui se développe à leur égard a parfois des conséquences néfastes tant pour les "assistants" que pour les "assistés".

L' écart s'élargit entre les personnes qui ont un travail et celles qui n'en ont pas. Les unes vivent dans l'inquiétude concernant l'avenir de leur emploi et subissent souvent une augmentation de leur charge de travail. Les autres finissent par perdre le sens du travail et ne l'envisagent plus comme possible. Pour certains jeunes, le travail ne fait plus partie de leur univers, ils ont recours à d'autres moyens pour "s'en sortir".

Chaque homme aspire à être reconnu dans sa dignité et à être admis comme un acteur responsable dans la société.

La question de la laïcité se pose et se repose à chacun à de multiples occasions (foulards islamiques, culture religieuse à l'Ecole, place de l'Islam dans la république) et une réflexion permanente s'impose.

La question de la réduction du temps de travail, avec un partage plus équitable des revenus du travail, a peu avancé depuis quatre ans. On a peu réfléchi à de nouvelles formes de travail correspondant aux besoins de notre société. Le règne sans partage de l'argent apparaît comme une cause de ce déséquilibre. La seule recherche du profit peut-elle être le seul régulateur de la vie économique et de la société ? Dans ces conditions comment parler d'un projet de société ?

Dans beaucoup de domaines, Service public, P.M.E. - P.M.I., Monde agricole, les mutations s'accélèrent et leurs conséquences s'imposent d'une façon nouvelle, parfois brutale, aux hommes. Elles peuvent être aussi porteuses de projets nouveaux et reçues comme positives. Mais elles se traduisent aussi par des diminutions d'emploi, comprises comme désormais "certaines personnes ne nous sont plus utiles".

Les familles sont très touchées par la nécessaire mobilité des personnes pour se former, pour travailler, ce qui entraîne des répercussions sur la vie de couple, la vie familiale, la vie associative et sur toute la "vie collective" en général. Mais simultanément se développe au sein d'associations de plus en plus nombreuses un souci de partenariat, d'accompagnement, de lutte contre l'exclusion, qui expriment la reconnaissance de l'autre et la volonté de faire "avec lui" et non "pour lui". Dans le domaine de la santé, on peut noter une montée des soins palliatifs et de l'accompagnement des personnes en fin de vie.

2- Une volonté d'autonomie

L'homme d'aujourd'hui semble très marqué par un certain individualisme qui prend appui sur la volonté de chacun, mais aussi sur l'obligation, de marquer son autonomie. Le "ressenti" est un critère pour juger de ce qui est vrai. Paradoxalement l'esprit rationnel tend à reléguer à l'arrière plan la dimension symbolique de l'existence. Il y a aussi une culture de "l'immédiat" et de "l'éphémère" qui peut comporter une part de violence et d'oubli. En même temps les moyens techniques de communication font de l'homme d'aujourd'hui, un citoyen aux dimensions de la planète. Certes, les effets de la mondialisation ne sont pas toujours ressentis comme une ouverture, comme une chance, selon la brutalité avec laquelle ils atteignent les personnes.

Notre région se trouve marquée par ce qui se passe au Futuroscope, qui n'est plus seulement le Parc de l'image européenne mais qui devient surtout un site de formation ; on note également la présence d'entreprises de haute technologie. Il devient aussi un lieu de vie pour un certain nombre de personnes.

3- Une quête de sens

La génération des 25-35 ans, qui est l'époque des "choix de vie" exprime des questions qui touchent au sens de la vie.

De profondes mutations religieuses et spirituelles se font jour : prolifération de nouveaux groupes avec parfois des tendances sectaires, nouvelles religiosités aux tendances et aux expressions multiples. Soif spirituelle qui ne sait pas toujours où trouver des lieux de discernement et de proposition, en même temps que transparaît une inculture religieuse grandissante, pas seulement de la part des jeunes.

Mais, au coeur de ces évolutions, des personnes continuent de porter des projets pour une société plus juste et plus humaine. Pour certaines personnes, parfois jeunes, la préférence va à l'action humanitaire. Ce désir d'engagement garde alors un caractère ponctuel et s'inscrit difficilement dans la durée d'où la difficulté à lui donner du sens et à l'inscrire dans un projet de société à plus long terme.

Ce qui vient d'être dit révèle combien les situations humaines, économiques, sociales sont toujours paradoxales mais qu'elles peuvent, de ce fait même, développer une dynamique pour la réflexion et la recherche, donner une chance d'ouverture au monde et aux autres, transmettre un appel permanent à s'interroger sur la place qui est faite à l'homme.



2- Questions que ces évolutions posent à notre Eglise diocésaine

Ces changements, dans la vie des hommes, dans la société, les catholiques du diocèse les vivent, les analysent entre eux et au sein des institutions dont ils font partie.

Cependant il s'avère que nos structures diocésaines ne sont pas toujours adaptées à ces mutations et que les acteurs de la pastorale, pourtant attentifs à cette vie de leurs frères et du monde, éprouvent de la difficulté à penser leurs actions et leurs projets à partir du vécu de nos contemporains.

C'est pourquoi, cette Assemblée des Conseils se donne comme objectif de penser l'organisation pastorale en fonction des défis déjà cités et d'interpeller tous les acteurs pastoraux à partir de ces défis.

Cette démarche honore, approfondit, prolonge le chapitre 1 de "Routes d'Evangile" intitulé "Chrétiens dans le monde d'aujourd'hui".

Nos travaux concernent donc les exigences pastorales qui résultent de ces défis auxquels nous sommes affrontés. Ils recouvrent les chapitres 7 et 8 de "Routes d'Evangile" relus dans l'esprit des orientations du chapitre 1 (n° 13-14). Sinon nous risquons "d'instrumenter" les structures et les acteurs, d'en faire un en-soi, améliorable mais sans souffle. Aussi ces défis constitueront la trame de notre travail.

Nous aurons à garder présents en permanence les défis cités précédemment et qui ont été exprimés à la rencontre du Conseil Pastoral Diocésain du 15 Février 1997 et qui sont bien ceux du monde où nous vivons la foi : Modernité - Pauvreté - Sens.

Ces défis sont adressés à une Eglise qui est à la fois "Institution" et "Communion". Ils lui sont adressés par des hommes à qui nous avons à proposer la foi et qui peuvent manifester simultanément une méfiance et une demande par rapport à cette Eglise.

1- Modernité

Le décalage est grand entre nos propositions issues de la grandeTradition humaine, biblique, ecclésiale : nos symboles, notre langage, nos repères et la demande que nous percevons chez les hommes d'aujourd'hui.

Technologie, rationalité, individualisme mais aussi irrationalité : autant de mots véhiculés par le langage moderne, expression d'une pensée contemporaine apparemment bien éloignée de l'univers chrétien.

"Routes d'Evangile, Chap.1 art.10 "ce monde, nous voulons le regarder avec un parti pris d'anour et d'espérance, rejoignant ainsi le regard de Dieu". "Et Dieu vit que cela était bon". (Gen.1,31)


a) N'y aurait-il pas avantage à repérer les aspects positifs, les dynamismes de la modernité ?

b) N'y aurait-il pas intérêt à centrer sur le Mystère Pascal du Christ :

- ce qui est vital et mortel pour l'homme et les passages de la mort à la vie,
- ce qui construit et ce qui détruit l'homme ainsi que les efforts déployés par les hommes pour construire leur humanité,
- qui fait vivre une alliance et ce qui rompt les alliances ainsi que les dynamismes qui renouent et réconcilient : l'homme avec lui-même, l'homme avec les autres, l'homme avec l'univers, l'homme avec Dieu.


c) Ne pourrions-nous pas nous donner des moyens de relecture de la vie des hommes de notre temps pour pouvoir accompagner une société qui bouge avec des hommes qui bougent également ?

2- Pauvreté

Largement décrite précédemment et également dans le document des Evêques de France sur "l'écart social" (novembre 1996), nous vivons cette précarité sociale d'une manière ou d'une autre, dans nos familles, nos quartiers, à la campagne comme à la ville et dans beaucoup de couches de la société.

Toutes ces situations de pauvreté nous interpellent et il nous faut sans cesse nous mettre en situation de les comprendre pour tenter d'y remédier dans le respect de chacun :

a) Faire avec ou faire pour ?

b) Soutenir les associations, les organisations, les personnes qui sont engagées dans la lutte contre l'exclusion, soit en s'y engageant soi-même, soit en proposant une relecture, encourageante pour leur engagement ?

c) Faire vivre, ou créer, des lieux significatifs de la solidarité ecclésiale vis à vis de la société ?

d) Situer nos efforts dans la proximité ?

e) Nous ouvrir en ce domaine à une perspective européenne, internationale, mondiale ?

f) Lever les ambiguïtés qui apparaissent lorsqu'il y a confusion entre une Eglise qui s'engage dans la construction de la solidarité humaine et une Eglise qui organise la solidarité entre chrétiens ?

g) Prendre en compte la diversité des situations des familles et des personnes fragilisées (familles monoparentales, familles recomposées, familles nombreuses, familles d'origine étrangère, célibataires, jeunes en galère...).

De quelle manière notre Eglise diocésaine va-t-elle exprimer sa capacité à se laisser interpeller par ce défi de la pauvreté qui débouche trop souvent sur l'exclusion ? Comment va-t-elle donner à voir ce qu'elle entend combattre dans ce défi, son partenariat et son accompagnement des personnes en situation de pauvreté ?

Quel risque ecclésial courons-nous à ne pas "Faire Eglise" avec les plus démunis de notre société ?

Voulons-nous une Eglise annonçant la bonne nouvelle aux pauvres, ou une Eglise de pauvres annonçant la bonne nouvelle au monde ?

3- Sens

Si les mutations sociales et économiques sont importantes et rapides et laissent les hommes de côté, d'autres mutations se font jour depuis quelques années. Elles sont souvent d'ordre religieux ou spirituel, portant sur le sens ou le non sens de la vie, surtout de la part des jeunes générations.

Comment notre Eglise diocésaine va-t-elle intensifier son attention à l'égard de ceux qui s'interrogent ainsi ?

a) Les institutions qui parlent de haut avec autorité sont rejetées. Il leur faut s'humaniser, se rapprocher des hommes. Il en est de même pour l'Eglise afin de lui donner le visage d'une Eglise qui cherche avec ceux qui cherchent.

b) Le visage à donner à l'Eglise serait celui qui renvoie au Christ épousant la condition humaine et tournée vers le Père, et non celui d'une Eglise qui se regarde elle-même.

c) Les enjeux de proposition de lieux de réflexion autres qu'une formation à usage interne des chrétiens, sont importants pour permettre à chacun de chercher avec d'autres, d'élargir ses capacités d'ouverture et de compréhension du monde. Que pouvons-nous proposer ?

d) Comment manifester que la part d'espérance, d'amour, présente au coeur de tout homme, témoigne du travail de l'Esprit, mais n'est pas la propriété exclusive des chrétiens ?

e) Dans beaucoup de demandes religieuses, sacramentelles, l'Eglise apparait uniquement comme prestataire de services. Alors, partir de ces contacts demandons-nous comment apprendre à naître ensemble en Eglise, plutôt que comment intégrer à l'Eglise ?

Ces défis ne peuvent traverser l'Eglise sans la modifier. Et il paraît important qu'elle sache constamment développer ses capacités à comprendre la vie des hommes d'aujourd'hui. Dieu est venu lui-même dialoguer avec l'humanité en son fils Jésus Christ, et Il donne mission à son Eglise de se situer dans la continuité de ce dialogue. Notre organisation pastorale ainsi que les acteurs de cette pastorale disent aux hommes de notre diocèse l'Eglise que nous voulons construire.



Votes des orientations pastorales

1- Est-il nécessaire de créer un statut diocésain des zones ?

(proposition refusée : oui : 81      non : 20      abstention : 29)



2- Pour tenir compte des défis énoncés au cours de cette Assemblée et en fonction des réalités locales (humaines, ecclésiales), est-il nécessaire que chaque zone revoie la composition et le fonctionnement de son Conseil Pastoral de Zone ?

(proposition acceptée : oui : 117      non : 3      abstention : 10)



3- En fonction des défis et des réalités locales, est-il nécessaire de reconsidérer le découpage des zones en tenant compte des bassins humains, notamment autour des villes ?

(proposition acceptée : oui : 110      non : 10      abstention : 10)



4- Pour mettre en oeuvre ces objectifs, est-il nécessaire de renforcer le Bureau de zone (en temps et en moyen), et de préciser le rôle de chacun des membres de ce Bureau (responsable, délégué, trésorier, etc.) ?

(proposition acceptée : oui : 109      non : 10      abstention : 11)



5- Est-il nécessaire que le Conseil Pastoral Diocésain et le Conseil presbytéral étudient le rôle des différents Conseils diocésains et fassent des propositions concernant leur fonctionnement ?

(proposition acceptée : oui : 104      non : 11      abstention : 15)



6- Le terme de "partenariat" exprime la volonté que chaque instance de notre Eglise diocésaine développe sa propre vocation et qu'elle ait le souci de reconnaître et de promouvoir l'avancée des autres instances. Souhaitons-nous que l'Eglise diocésaine favorise un tel "partenariat" ?

(proposition acceptée : oui : 105      non : 5      abstention : 21)



7- Pour permettre une meilleure reconnaissance des Mouvements, est-il nécessaire d'inviter chaque zone à organiser un forum des Mouvements en rapport avec les défis du monde d'aujourd'hui ?

(proposition refusée : oui : 69      non : 33      abstention : 29)



8- Faut-il préciser les critères d'identification des ministères reconnus, en tenant compte des nécessaires évolutions ?

(proposition acceptée : oui : 115      non : 3      abstention : 13)



9- Est-il souhaitable que des informations sur les ministères reconnus soient largement diffusées dans le Diocèse par différents moyens ?

(proposition acceptée : oui : 118      non : 3      abstention : 10)



10- Est-il nécessaire de préciser la composition et la fonction des équipes pastorales ?

(proposition acceptée : oui : 91      non : 26      abstention : 13)



11- Est-il souhaitable que l'Eglise diocésaine s'engage à appeler au diaconat en fonction des défis du monde d'aujourd'hui ?

(proposition acceptée : oui : 100      non : 14      abstention : 17)



12- Est-il nécessaire que l'Eglise diocésaine encourage les Instituts religieux à continuer de répondre à leur charisme, en fonction des défis de notre monde, pour que leurs initiatives fécondent l'ensemble de l'Eglise ?

(proposition acceptée : oui : 112      non : 5      abstention : 13)

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