"Je leur ai donné tes Paroles"

Jean 17, 8

orientations

 

26 mai 2007

Orientations diocésaines
pour l'annonce de la foi



Ce texte a une histoire
Nous croyons, c'est pourquoi nous annonçons
1- Au coeur du monde et pour le monde
2- Des communautés confessantes missionnaires
3- Au coeur du monde, des communautés engendrent à la foi
4- Avec des acteurs et des ministres "Ouvrons la porte de la foi"



Ce texte a une histoire

Pendant trois ans, à l’invitation des évêques de France, le diocèse a cherché à fonder la catéchèse sur des bases qui correspondent à notre situation présente et à l’exigence de l’Évangile.

- Il y eut une année autour de la Vigile pascale, ce coeur de la foi chrétienne. En fêtant la Résurrection, l’Église revit l’expérience de la marche, elle proclame sa foi et accueille de nouveaux baptisés.
- Puis, une année de dialogues à travers le diocèse pour “confesser la foi” : l’Esprit du Christ anime l’Église. Il fait circuler entre les chrétiens le souffle du Verbe de Dieu. La foi est dialogue, confiance partagée.
- Enfin, nous avons célébré la foi, car la foi est une alliance avec Dieu, donc une joie échangée. La communauté se reçoit du Christ quand elle le reconnaît. Elle naît du baptême, de la confirmation et de l’Eucharistie, les sacrements qui nous font chrétiens.


En mai 2006, nouvelle étape : Mgr Rouet invite le diocèse à recueillir les fruits de ces trois années afin de se donner quelques orientations fondamentales pour annoncer la foi aux hommes de ce temps. Les conseils du diocèse, les catéchistes, les membres des mouvements, des conseils de territoire et de secteur travaillent deux moutures préparatoires avant d’arriver à celle-ci. Ce texte promulgué est riche de ces échanges, des réflexions et des apports de beaucoup : c’est vraiment une oeuvre synodale.

Si ce texte reprend et développe des intuitions fortes des deux synodes diocésains de Poitiers (Actes synodaux : Routes d’Évangile et Serviteurs d’Évangile), il s’inscrit aussi dans la continuité du Directoire général pour la catéchèse (publié en 1997 par la Congrégation romaine pour le clergé) et du Texte national pour l’orientation de la catéchèse en France (publié en novembre 2006 par la Conférence des évêques de France). D’où les références de ces documents indiquées au fil du texte.


Nous croyons, c'est pourquoi nous annonçons

"L’Écriture dit : ‘J’ai cru, c’est pourquoi j’ai parlé.’ Et nous, animés de cette même foi, nous croyons nous aussi, et c’est pourquoi nous parlons." (2 Co 4, 13)


NOUS CROYONS

Nous croyons, nous confessons, nous célébrons le bonheur que Dieu propose en son Fils Jésus pour toute l’humanité. Ce que nous annonçons, nous le recevons nous-mêmes de ceux qui, de génération en génération, n’ont cessé dans l’Église de transmettre l’Évangile de la Vie.

La Bonne Nouvelle, la voici : Dieu l’Unique est le Père de Jésus-Christ, Père de tous les hommes, nous connaissons son amour par son Fils Jésus qu’il a envoyé dans le monde, nous en faisons l’expérience par son Esprit répandu sur toute chair.

L’Évangile, c’est lui, Jésus, le Fils unique, le frère universel. Image du Dieu invisible, il révèle à l’homme sa dignité d’enfant de Dieu. Jésus est le Chemin, la Vérité et la Vie. Signe de contradiction, il ne s’impose à personne, mais là où il est accueilli, la lumière brille et les forces du mal reculent. Crucifié sous Ponce Pilate, il est ressuscité le troisième jour, il ne cesse de donner son Esprit aux hommes. Rien, pas même la mort, n’arrête la course de la Parole de Dieu.


C'EST POURQUOI NOUS ANNONCONS

Tout au long de l’histoire et aujourd’hui encore, nous continuons d’annoncer Jésus le Vivant, nous attestons la nouveauté et la bonté de son Évangile, nous sommes sûrs qu’il ouvre à toute l’humanité des chemins de vérité et de liberté, de justice et de paix. Par Jésus, avec lui et en lui, dans la force de son Esprit, nous faisons l’expérience d’une égalité entre tous les hommes, d’une fraternité sans frontière. Enfants de Dieu, oui, dans le Christ, nous le sommes vraiment ! Ainsi, l’Évangile que nous annonçons illumine l’existence, fonde une manière de vivre en société, donne du sens, du goût et du bonheur à la vie de tous.

Dès le commencement, Jésus appelle des disciples à être ses collaborateurs, il les donne à tous les hommes. Aujourd’hui, par la force de l’Esprit, l’Église poursuit l’œuvre du Christ dans le monde. Nourrie de son Corps et de son Sang, elle est le signe de l’Alliance de l’humanité avec le Père. Les baptisés sont tous appelés, chacun à sa manière, à être acteurs de l’Évangile. Corps du Christ, ils sont l’Église, sacrement vivant du don de Dieu offert à l’humanité.

Ce que nous croyons, nous voulons l’annoncer d’abord en croyant davantage et en renouvelant nos manières communautaires de vivre cette foi. Nous voulons mieux comprendre et confesser la foi dans les mots stables de la tradition reçue, et en même temps, nous désirons traduire, partager, inculturer cette foi - comme disait le pape Paul VI - dans les questions nouvelles, le langage et les cultures d’aujourd’hui. Du plus lointain au plus proche, que tous aient ainsi accès à la beauté du mystère qui se dévoile sans fin.


1- Au coeur du monde et pour le monde

"Dieu a tant aimé le monde qu’il a donné son Fils unique." (Jn 3, 16)
La première posture chrétienne est d’habiter notre temps comme Jésus a habité parmi nous, Verbe fait chair, solidaire et fraternel. Car la foi n’est pas un refuge, elle ne met pas à l’abri de l’histoire. La Parole de Dieu qui vient en ce monde en Jésus s’y incarne lentement, profondément. À sa suite, les chrétiens ne sont pas à part du monde, mais une part du monde, enfouis dans la pâte comme un ferment. C’est là qu’ils sont unis au Christ, dont la présence et la parole dévoilent l’action de Dieu dans l’histoire. Cette présence et cette parole suscitent des résistances et des refus ; elles font apparaître aussi les attentes des hommes et l’espérance dynamique de Dieu.


1- CONNAITRE, ACCOMPAGNER ET COMPRENDRE

Il n’y a pas d’annonce sans préparation. Connaître ceux à qui l’on s’adresse, leur histoire, leur mentalité c’est reconnaître les conditions de notre propre vie, solidaire et fraternelle, partie prenante et non extérieure, en fidélité au Verbe incarné. Chaque itinéraire de vie s’enracine dans un contexte local et international : mondialisation en marche, progrès des sciences et des techniques, omniprésence des moyens de communication… Dans ce monde éclaté, magnifique et tragique où l’individu cherche sa route, l’Église ne cesse d’affirmer en même temps la dignité infinie de la personne et sa vocation communautaire. Certains refus de la foi résultent d’une longue histoire : aucune avancée n’est possible sans un long compagnonnage. Souvenons-nous des disciples d’Emmaüs. Des attentes se font jour quand un dialogue confiant les permet. Il ne s’agit pas de donner des théories, mais d’éclairer une existence. C’est par les enjeux fondamentaux de sa vie personnelle et par l’éclairage sur l’avenir de l’humanité que la parole croyante touche une personne. Par ce partage, ceux à qui nous annonçons la foi nous aident à l’ancrer plus profondément en notre vie. La démarche catéchuménale en est le vivant témoignage.


2- LIRE LES SIGNES DES TEMPS

Aimer le monde comme Dieu l’aime, vivre l’aujourd’hui de Dieu sans nostalgie du passé conduit à lire les signes des temps, à saisir les chances et les défis de l’actualité avec le regard de Jésus, à entamer le dialogue en osant demander : “Donne-moi à boire”. (Jn 4, 7) Telles sont les attitudes chrétiennes qui prédisposent à l’annonce : des yeux pour voir. “Il le regarda et l’aima” (Mc 10, 21). Des oreilles pour entendre. “Prenez garde à la manière dont vous écoutez !” (Mc 4, 24) Un cœur ouvert pour accueillir, discerner et espérer comme le Christ. “Celui qui fait la vérité vient à la lumière”. (Jn 3, 21)


3- VOIR CE QUI NAIT

“Le Seigneur crée du nouveau sur la terre !” (Jr 31, 22) Le cri de foi de Jérémie nous pousse à avoir un regard positif, “un regard sur le monde avec les yeux de la foi (1).” Nous sentons ce qui décline, car cette diminution affecte notre environnement habituel. Mais voyons-nous ce qui lève à côté de nous ? Voyons-nous ceux qui, jeunes ou adultes, demandent les sacrements de la foi, ceux qui, maladroitement parfois, expriment un désir authentique ? Une Église catéchuménale reste en éveil : elle écoute, elle accueille, elle chemine, elle patiente : “L’amour espère tout” (1 Co 13, 7). Les communautés savent-elles assez prendre le temps de lire ensemble l’actualité ? Ainsi, elles porteront sur le monde un regard de foi et nourriront une prière véritablement universelle, remplie de l’espérance évangélique.
(Serviteurs d’Evangile : Chapitre 1 § 1011-1014-1015-1024-1221, Ch. 3 § 301)


2- Des communautés confessantes missionnaires

Pour qu’il y ait Église, “il faut que la foi soit enseignée, que la prière soit assurée et la charité exercée. Si l’une de ces trois missions manque, ce n’est plus l’Église de Jésus Christ.” Albert Rouet.
Ces trois pôles de l’identité chrétienne qui marquent tant le visage de notre diocèse s’appellent les uns les autres. Indissociablement liés, ils ne font qu’un.


1- ALLER AU COEUR DE LA FOI

“Là où deux ou trois sont réunis en mon Nom, Je suis au milieu d’eux”. (Mt 18, 20)
L’Église advient chaque fois que des chrétiens se rassemblent pour “aller au cœur de la foi”, pour mettre en commun leur espérance et leurs questions, échanger sur ce qui les fait vivre au Nom du Christ. L’annonce est un échange. La foi est dialogue : à l’intérieur d’elle-même, une communauté qui partage sa foi expérimente comment la confesser avec les autres hommes. Et, de ceux-ci, elle reçoit les mots pour dire ce qu’elle croit. La transmission ici se fait dans les deux sens. Partager l’Évangile évangélise celui qui le donne, il va “de la foi à la foi”. Ainsi, la foi réunit, elle se donne à voir dans un corps structuré, heureux de croire et de partager. “Nous sommes membres les uns des autres” (Rm 12, 5). Le berceau de la foi, c’est cette communauté croyante qui chemine et se convertit sans cesse à l’évangile. Tel est le “bain ecclésial” de l’annonce.


2- CELEBRER LA JOIE DE CROIRE

Nous sommes le peuple des ressuscités ! L’Église célèbre la création et la résurrection le dimanche : ce rassemblement dominical sert l’espérance et ouvre à tous un avenir porté par l’espérance du Christ. Le véritable dynamisme d’une communauté s’exprime dans sa joie de croire. La joie de Dieu est communicative, elle engendre la vie. Dans l’eucharistie, c’est le Christ qui prend corps, la communauté prend corps en lui, elle “fait corps” dans une même foi joyeusement célébrée. Ce don reçu, elle le partage en se réjouissant avec les jeunes couples qui se préparent au mariage, avec les parents qui demandent le baptême pour leur enfant, avec les souffrants visités et qui reçoivent le sacrement des malades. La communauté ne s’absente pas de ces temps fondateurs, elle entend l’appel du Christ : “Réjouissez-vous avec ceux qui se réjouissent, pleurez avec ceux qui pleurent” (Rm 12, 15). Elle témoigne de son espérance en vivant de façon renouvelée le sacrement de réconciliation, en proclamant sa foi en la résurrection avec les familles en deuil.
Cette joie de Dieu, discrète, profonde, tenace passe dans la beauté de toutes ces célébrations, dans les fêtes, les rites, les symboles et les chants liturgiques. Il s’agit de retrouver l’aisance de célébrer, le goût de prier en vérité et en liberté. Ainsi, au fil des événements de la vie comme du temps liturgique, la communauté devient ce qu’elle croit. Admirable échange ! L’Église initie aux sacrements et en même temps, elle est elle-même constamment initiée par ces mêmes sacrements : les sacrements de l’initiation sont pour les communautés l’occasion privilégiée de revisiter ses fondements avec les nouveaux baptisés, confirmés, premiers communiants. Car l’intelligence de la foi se nourrit de la foi confessée et célébrée en communauté. Suscitons donc des fêtes de la foi à tout âge de la vie. Elles puiseront leur modèle dans la profession de foi baptismale solennellement renouvelée chaque année au cours de la veillée pascale.


3- EXPOSER LA FOI PAR LE SERVICE DE LA CHARITE

“Peuple de frères, peuple du partage, porte l’Evangile et la paix de Dieu !” Dire la foi en Jésus Christ, c’est croire en l’homme, avoir le souci de l’autre, image de Dieu, dans la durée de son histoire personnelle. Ainsi nourris et fortifiés par leur foi, les chrétiens veulent servir et vivre en témoins dans un monde à aimer et à transformer selon la nouveauté de l’Évangile.
Le Corps de l’Église honore et sert en premier les personnes fragiles, les exclus, les malades, les personnes handicapées. En chaque pauvre, le Christ se révèle tel qu’il a voulu être parmi nous, le plus petit. Ce “sacrement du frère”, l’Église l’accomplit par le témoignage de sa fraternité, par sa capacité d’accueil, sa présence active à tous les hommes. Il existe beaucoup de manières d’exposer la foi par le service : les engagements dans la cité, le travail patient sur les mentalités, les élans de solidarité ponctuels ou durables.
Les mouvements rendent l’Église crédible et la foi acceptable. Que chacun puisse goûter la bonté de l’Évangile ! Alors la Parole prend racine dans la terre des hommes.


3- Au coeur du monde, des communautés engendrent à la foi

L’Église est par nature missionnaire. Un baptisé peut-il garder pour lui ce qu’il a reçu gratuitement ? On annonce l’Évangile, on reçoit la foi. La foi est un don de Dieu qui se transmet. L’annonce de ce don n’est donc pas une option. Comment cela peut-il se faire ? Dans notre société sécularisée, en amont d’une catéchèse continue, il y a désormais l’étape incontournable d’une première annonce.


1- UNE PREMIERE ANNONCE

L’évangile se communique en douceur au cœur des relations humaines. La publicité bruyante et brillante n’est pas le modèle de l’annonce. Il s’agit de risquer, au bon moment, dans la rencontre toujours neuve et imprévisible des personnes, une parole existentielle qui rejoint ces personnes et les touche dans ce qu’elles vivent de plus profond, joies et épreuves, deuils, passages et naissances, pour y révéler la présence solidaire du Crucifié Ressuscité : premier geste, premier pas, premier mot… Mille occasions, avec un point commun : des instants de vérité. Avec les voisins, sur le lieu de travail, pour une demande de sacrement, lors d’une visite à un malade… une boutade, une question, une réflexion… un déclic, un choc. Dieu seul connaît où sa parole touche l’homme. Ce secret demande respect. Il y aura une suite si humainement nous restons discrets et attentifs, si un premier partage se produit, comme dans les dialogues du Christ dans l’Évangile.


2- UNE ANNONCE CONTINUE

Certaines demandes de foi répétées s’approfondissent avec le temps, il est alors juste et bon de proposer une démarche plus construite dans la durée. Dans ce monde pluriel, il n’y a pas de modèle catéchétique figé. Il n’y a pas non plus d’âge privilégié. Jésus s’ajuste aux circonstances, aux rythmes de la vie, aux besoins des foules comme des petits groupes. À sa suite, inventons nous aussi divers modes d’annonce ajustés aux besoins différenciés des lieux, des milieux et des personnes, enfants, adolescents, adultes, personnes âgées…

A- Une pédagogie d’initiation


Mettre des personnes “non seulement en contact, mais en communion, en intimité avec le Christ, et leur apporter tout ce qui pourra leur permettre de se tenir debout dans la vie en croyants” (2), telle est la visée de la catéchèse pour tous les âges rappelée par les évêques de France. La vie dans le Christ ouvre à une vie fraternelle et transforme toutes les relations. “C’est à l’amour que vous aurez les uns pour les autres que tous vous reconnaîtront pour mes disciples.” (Jn 13, 35) Pour réaliser cela, nous choisissons délibérément une pédagogie d’initiation.

- Dieu est toujours le sujet de l’initiation : le Père nous donne son Fils pour que nous écoutions sa voix et marchions à sa suite.
- L’Église est le sujet de la catéchèse : par l’Esprit saint, elle conduit dans la vie du Christ.
- La personne est le sujet de l’expérience : elle sait en qui elle met sa foi.


* La pédagogie d’initiation requiert la liberté des personnes. À tout âge, celles-ci sont des sujets conscients et responsables, non des récepteurs passifs et silencieux.
* La pédagogie d’initiation prend sa source dans l’Écriture et fait appel à la médiation de la tradition vivante. La Parole de Dieu est donc centrale dans l’acte catéchétique : Parole vivante proclamée, partagée, étudiée, célébrée, mise en pratique.
* La pédagogie d’initiation introduit dans l’expérience chrétienne par tout un chemin, un itinéraire avec des étapes, un processus de maturation. Au cours de cet itinéraire, veillons à articuler souplesse et continuité : souplesse de temps forts, de moments conviviaux. Continuité des liens à tisser, des contacts avec la communauté, des étapes catéchuménales…

B- Une catéchèse et un catéchuménat pour tous les âges de la vie


La catéchèse n’est pas d’abord ni seulement une question de transmission, elle s’origine et se vérifie dans les relations à l’intérieur des communautés. Du plus petit jusqu’au plus grand, chacun reçoit des autres, chacun donne aux autres. Tout âge mérite attention, tout âge est temps de grâce, avec ses découvertes, ses reculs, sa liberté en marche. On ne peut plus lier la sacramentalisation à un âge particulier : enfants, adolescents, familles, catéchumènes… pour chacun, nous avons désormais à opérer un discernement dans la foi.

a- “Comme une mère nourrit ses enfants et prend soin d’eux, telle est notre tendresse pour vous.” (1 Th 2, 7)


* L’enfance est l’âge des fondations. L’annonce de la foi reçue dans l’enfance marque ainsi toute l’existence. Ceci engage les communautés à une grande vigilance pour un respect constant de l’enfant : en catéchèse, la forme et le fond sont toujours liés, la pédagogie fait foi.
* La manière dont une communauté vit la relation aux enfants vérifie sa relation à Dieu et aux hommes. Il s’agit de se demander régulièrement : quelle est la présence réelle des enfants au sein de la communauté ?
* Ces nouvelles orientations n’entraînent pas forcément le choix de nouveaux parcours, mais elles engagent sûrement une nouvelle manière de vivre les parcours, par le choix délibéré d’une pédagogie d’initiation.
* Afin de donner à vivre aux enfants le temps et la grâce d’un véritable cheminement de foi, ne nous pressons pas : creuser le désir, ne pas répondre immédiatement à l’attente fait partie de l’initiation. Une durée minimale de catéchèse sera proposée pour la préparation à chaque sacrement.

b- “Maintenant que j’ai grandi, j’ai fait disparaître ce qui faisait de moi un enfant.” (1 Co 13, 11)


Entre les rivages de l’enfance et de l’âge adulte, l’adolescence est une traversée souvent rude, un passage crucial, temps d’insécurité, de perte des repères, de ruptures, et en même temps de croissance généreuse, de construction et d’affirmation de soi : un itinéraire proprement pascal de mort et de résurrection. Les “ados” sont un cadeau pour les communautés qui acceptent de s’ouvrir à leurs coups de cœur, à la lumière de leur amitié, qui accueillent leurs révoltes, leur goût de la fête, leur soif spirituelle. Par l’insolence de leurs questions, beaucoup de ces jeunes réveillent la foi de leurs parents et provoquent les communautés chrétiennes. Les nombreuses demandes de baptême à l’âge adolescent en témoignent.
* Les adolescents ont besoin d’éducateurs adultes proches, solides, patients, fidèles, solidaires et respectueux de leurs recherches tâtonnantes.
* Les adolescents cherchent Dieu sans parfois oser les mots ni trouver les gestes. Ils ont besoin de guides pour trouver le Christ, découvrir son amitié et être introduits dans l’expérience chrétienne au cœur des communautés. Les mouvements, les aumôneries font un bout de chemin avec eux. D’autres chrétiens doivent se lever.
* Il s’agit de se demander régulièrement : quelle place occupent les adolescents au sein des communautés ? Que nous révèlent-ils du chemin de foi ? Sont-ils accueillis, reconnus comme acteurs véritables, responsables à part entière ?

c- “Qui sont ma mère et mes frères ?” (Mc 3, 33)


De l’éveil à la foi à la catéchèse, de la confirmation jusqu’au mariage… Lorsque les communautés accueillent des enfants ou des jeunes, elles accueillent toujours en même temps leur famille. Or, dans la société d’aujourd’hui, la famille est devenue une réalité particulièrement complexe. De la famille unie aux couples monoparentaux, en passant par les familles éclatées, divisées ou recomposées, l’histoire de chaque jeune est marquée de façon unique. Au cœur de ces réalités, les grands-parents jouent un rôle de plus en plus important. C’est là, dans ce nouveau paysage, que retentit la catéchèse. Au cours de rassemblements ou de catéchèses familiales, risquons de nouvelles initiatives en direction des adultes. Prenons le temps de les écouter dans leurs préoccupations éducatives, osons les interpeller au nom de l’Évangile, accompagnons-les dans leur rôle primordial d’éducateurs. Donnons-leur une place dans les célébrations.

d- “Jésus s’approcha et il marchait avec eux.” (Lc 24, 15)


Des enfants, des jeunes, des adultes expriment le désir de devenir chrétiens. L’enjeu du catéchuménat est bien de conduire à Jésus-Christ et de préparer à cette vie sacramentelle où le plus simple et le plus ultime se rejoignent. Le plus simple : écouter, parler, donner et recevoir. Le plus ultime : offrir et accueillir une parole et une nourriture qui traversent nos ténèbres et ouvrent un chemin de vie et d’amour. Le temps du catéchuménat est jalonné d’étapes et de célébrations qui structurent l’itinéraire de recherche et de maturation des personnes. Vécu au sein de la communauté croyante toute entière partie prenante, ce temps donne aux baptisés et aux catéchumènes d’entrer ensemble toujours davantage dans les richesses du mystère pascal.
* Les demandes de baptême arrivent quand on ne les attend pas. Chacun sera prêt à accueillir ces demandes, sans les laisser passer. Il alertera dans la communauté le délégué à l’annonce de la foi et le prêtre qui se mettront en lien sans attendre avec l’équipe diocésaine du catéchuménat.
* Une équipe d’accompagnement sera créée localement autour du catéchumène pour la durée du cheminement. Cette équipe participera aux rencontres diocésaines de formation et aux temps forts : journées diocésaines du catéchuménat, célébration de l’appel décisif.
* Les équipes liturgiques de la communauté locale s’associeront à cette équipe d’accompagnement pour préparer les célébrations et les étapes qui ponctuent et structurent la marche vers les trois sacrements d’initiation.
* Les sacrements inaugurent un nouveau commencement, la route continue ! Les néophytes ont besoin d’attention fraternelle et de soutien. Chaque année, le temps pascal est un temps privilégié pour se rassembler et inventer des moments de relecture et d’approfondissement de la foi (temps de mystagogie).


3- UNE ANNONCE RYTHMEE

À côté des parcours classiques et des autres propositions programmées d’avance, les communautés se laisseront interpeller par les signes des temps. Oseront-elles sortir des sentiers balisés pour inventer de nouvelles manières de proposer la foi ?

A- Au rythme de la vie


Naître, grandir, aimer, peiner, mourir… Rythmes des saisons et des jours : travail et fête, vacances et découvertes… Rythmes des demandes sacramentelles qu’elles proviennent d’adultes catéchumènes ou de jeunes enfants, de couples qui préparent leur mariage ou de jeunes parents qui demandent le baptême pour leur enfant. À chaque événement de la vie, la communauté répondra en imaginant des propositions adaptées, afin de rendre présent le Christ Sauveur et de révéler l’amour de Dieu donné en plénitude. Il s’agit toujours d’annoncer le Christ de Pâques présent dans les expériences vitales de chacun, expériences de bonheur ou traversées d’épreuve.
(Serviteurs d’Evangile : Ch. 3 § 3223)

B- Au rythme de l’année liturgique


Le cycle des dimanches et fêtes fait pénétrer dans la réalisation de la promesse de salut et de re-création par laquelle Dieu s’offre à nous. C’est parce qu’elle fait vivre ce chemin étape par étape que l’année liturgique est structurante pour la vie chrétienne. Les communautés sauront saisir la chance des temps liturgiques pour inventer des propositions festives et novatrices (pèlerinages locaux, “dimanches autrement”, rencontres de secteurs ou de mouvements, temps forts intergénérationnels pendant l’avent, le carême, le temps pascal, ou encore “caté-vacances” l’été, autour de la fête de l’Assomption.)


4- Avec des acteurs et des ministres

"Tous ceux qui invoqueront le nom du Seigneur seront sauvés. Or, comment invoquer le Seigneur sans avoir d’abord cru en lui ? Comment croire en lui sans avoir entendu sa parole ? Comment entendre sa Parole si personne ne l’a proclamée ? Comment proclamer sans être envoyé ? L’Écriture dit : comme il est beau de voir courir les messagers de la Bonne Nouvelle ! (...) La foi naît de ce qu’on entend, et ce qu’on entend, c’est l’annonce de la Parole du Christ.” (Rm 10, 13-17)

“Qui enverrai-je ?” Is 6, 8
Tous les chrétiens baptisés confirmés sont appelés à exercer le service commun d’annonce. Ils l’exercent différemment par leur vie selon leurs engagements (mouvements…) et selon leur état de vie (religieux…). L’expérience montre qu’un chrétien catéchumène, même avant son baptême, prend part lui aussi à cette annonce. Signes que tous reçoivent effectivement cette mission, quelques-uns dans les communautés sont appelés pour vivre un ministère ou pour exercer une responsabilité. (Serviteurs d’Evangile : Ch. 3 § 3114)


1- CHRETIENS AVEC VOUS, MINISTRES POUR VOUS

Le peuple de Dieu est structuré comme un corps dont le Christ est la tête. Nous croyons que l’Esprit saint - dans la diversité de ses dons - fait l’Église du Christ et nous reconnaissons que les ministères manifestent l’origine apostolique en même temps que la mission de l'Église aujourd'hui.
* Le ministère de l’évêque atteste que toute l’Église diocésaine reçoit mission d’annoncer la foi reçue des apôtres, de célébrer le salut et de servir la vie des hommes.
* Le ministère des prêtres a pour tâche propre la formation d’une authentique communauté chrétienne. Ministres de la Parole, ils président à la célébration des sacrements : ils conduisent ainsi à cette source intarissable qui nous fait chrétiens. Pères dans la foi, ils appellent les communautés sur les chemins de la mission.
* Les diacres témoignent que toute l’Église est servante, que l’Évangile est donné pour ce monde et que le Royaume est à l’œuvre dans l’histoire des hommes.
* Les personnes ayant reçu un ministère reconnu sont envoyées pour des missions spécifiques dans les services, les mouvements et les secteurs pastoraux. Elles collaborent ainsi à la mission de l’Église en des espaces humains où l’Évangile est attendu.
(Serviteurs d’Evangile : Ch. 3 § 3312 à 3316)


2- DES DELEGUES A L'ANNONCE DE LA FOI

Les délégués à l’annonce de la foi réveillent la confiance des communautés locales dans leur capacité d’annoncer l’évangile. Devenir chrétien est toujours possible ! Mais les temps ont changé. Nous étions portés par un courant social, par une stabilité qui ne sont plus d’actualité. On se décourage si on en reste à “hier”. Les délégués à l’annonce de la foi aideront les communautés au courage de l’analyse. Sensibilisés à l’urgence de la mission, ils seront force de proposition, veilleront à ce que des initiatives soient prises en direction de tous les âges de la vie, avec une attention spéciale aux catéchumènes. Ils réfléchiront et partageront leur expérience locale, leurs projets, leur recherche avec le catéchète missionné sur le secteur pastoral et avec le Service diocésain de pastorale catéchétique et du catéchuménat. (Serviteurs d’Evangile : Ch. 3 § 3221)


3- DES CATECHETES

Appelés et envoyés sur un ou plusieurs secteurs pastoraux, des catéchètes (qui peuvent être en charge d’un ministère reconnu), auront pour mission d’animer, d’accompagner, d’encourager, de coordonner les diverses initiatives catéchétiques pour tous les âges de la vie, selon les orientations diocésaines.
* Ils accompagneront le travail de veille et de discernement des signes des temps.
* Ils inciteront les communautés à une plus grande joie de croire dans les célébrations.
* Ils encourageront les initiatives missionnaires et feront émerger peu à peu de nouvelles initiatives transversales, même modestes.
* Ils auront le souci de la formation permanente des catéchistes.
* Ils appelleront sans cesse de nouveaux acteurs de l’annonce de la foi.


4- LA MISSION DU SERVICE DIOCESAIN DE PASTORALE CATECHETIQUE ET DU CATECHUMENAT

Le Service diocésain de pastorale catéchétique et du catéchuménat est constitué de divers responsables d’équipes missionnés pour l’annonce de la foi à tous les âges de la vie : éveil à la foi, catéchèse de l’enfance, de l’adolescence, catéchuménat des jeunes et des adultes, pastorale des personnes handicapées. Ces responsables travaillent en collaboration avec les autres services diocésains et se mettent au service des communautés locales, des écoles catholiques, des mouvements… Ils tissent des liens, coordonnent les efforts des uns et des autres quant à l’annonce de la foi, organisent des partenariats. Ils sont disponibles pour toute intervention dans le diocèse à la demande.
Dans le service, l’équipe du catéchuménat ramène aux sources de la foi. Elle contribue avec les équipes des communautés locales et des mouvements à accueillir avec discernement les demandes sacramentelles des jeunes et des adultes et à accompagner les catéchumènes tout au long de leur démarche.
(Serviteurs d’Evangile Ch. 1 § 1331)

Une équipe sera mise en place pour être plus particulièrement à l’écoute et au service des catéchètes : elle aura mission de les former, de les accompagner, de les soutenir et de coordonner sur le plan diocésain la réflexion et les initiatives.

Tous les membres du service portent ensemble le souci des uns et des autres.

Le Service diocésain de pastorale catéchétique et du catéchuménat s’engage à promouvoir ces orientations diocésaines pour l’annonce de la foi. Chargé de leur mise en œuvre dans le diocèse de Poitiers, il proposera des outils et des fiches pratiques visant à faciliter leur réception dans les communautés. Il organisera, en partenariat avec d’autres services diocésains, des actions de formation et offrira un accompagnement théologique, pastoral et spirituel à la demande.


"Ouvrons la porte de la foi"

La manière dont furent rédigées ces orientations exprime la vie de notre Église diocésaine : une vie synodale. En effet, comme le raconte la première page, le texte aujourd’hui publié résulte d’une longue histoire.
Je remercie le Service diocésain de pastorale catéchétique et du catéchuménat d’avoir accompagné et stimulé ce travail en commun et tous ceux et celles qui y ont participé. Il s’agit d’une production diocésaine née de ces échanges multiples.
Ce qui a été produit ensemble demande à être vécu ensemble. L’annonce de la foi n’est pas une spécialité de quelques-uns. Elle relève des sacrements qui nous font chrétiens. Le baptême nous unit au Corps du Christ, ce Corps livré pour la vie du monde par l’Eucharistie. La confirmation nous envoie dans l’Esprit du Ressuscité, en témoins de son Évangile. Annoncer la foi, la proposer, l’exposer aux autres nous évangélise nous-mêmes. Il n’y a pas d’annonce sans échange ni alliance.
C’est pourquoi les orientations diocésaines sont beaucoup plus qu’un programme d’action. Elles le sont effectivement et, à ce titre, sont à mettre en œuvre dans le diocèse. Elles sont avant tout l’expression de la vie et de la joie du croyant. De la vie : la foi met debout, elle rend vivante, elle conduit une personne vers sa pleine stature devant le Christ et avec lui. D’où la joie de la confiance reçue : Dieu nous appelle à collaborer à son projet sur l’histoire humaine ; il se révèle à nous comme un Père aimant. La proposition de la foi comporte une dimension intérieure de connaissance et d’intimité dans l’Esprit, par le Fils, avec le Père.
Remercions-le d’une telle générosité.


PROMULGATION

En fonction de ce qui précède,
le Conseil Pastoral Diocésain ayant donné un avis unanime, le Conseil Presbytéral consulté,
je décrète que ces orientations diocésaines pour l’annonce de la foi, publiquement promulguées le samedi 26 mai 2007, vigile de la Pentecôte, constituent pour le diocèse de Poitiers les axes pour la catéchèse et le catéchuménat.
Elles éclairent les autres activités des mouvements et services, selon leurs spécialités particulières.
Elles seront la source des documents d’application qui seront proposés.
Le Service diocésain de pastorale catéchétique et du catéchuménat est chargé de leur mise en œuvre, avec les Conseils et services concernés, particulièrement le Centre théologique. L’évaluation se fera avec le Conseil pastoral diocésain.

A Poitiers, le 26 mai 2007

Fr. Marc Degraeve
Chancelier

 

Albert Rouet
Archevêque de Poitiers



(1) Directoire général pour la catéchèse. 1997 p. 22
(2) Texte national pour l’orientation de la catéchèse en France et principes d’organisation. Bayard, Cerf, Fleurus-Mame, Paris, 2006