|
Le Diocèse de Poitiers conserve les traces, de siècle en siècle, de l’implantation du christianisme, de son développement et de sa fine irrigation dans ce territoire. Depuis les premiers vestiges à Ligugé, Civaux, Saint-Jouin-de-Marne et le baptistère Saint-Jean, en passant par les splendeurs romanes puis la cathédrale gothique Saint-Pierre, jusqu’aux réalisations plus modestes d’aujourd’hui, la foi, crée de la beauté pour évoquer la gloire de Dieu et son amour pour les hommes.
Inscrite dans l’histoire depuis l’incarnation, la foi chrétienne génère une activité culturelle. Elle participe activement à l’émergence de cultures qui, se succédant, transmettent les multiples manières dont l’homme tente d’exprimer comment il se conçoit. Travail inépuisable à cause du mystère jamais achevé de la liberté.
A chaque époque, l'Eglise entre ainsi en dialogue avec les aspirations, les joies et les peines des hommes. Elle reçoit de leurs recherches, de leurs techniques, les instruments pour leur proposer la Parole qu’elle a reçue pour en vivre et la donner. Toute culture est ainsi accueil de l’histoire, dialogue au présent et quête de l’avenir. Elle reçoit un patrimoine pour enfanter une espérance. A ce titre, elle est une responsabilité.
Une responsabilité de symbole :
L’homme est tissé de multiples chaînes de vie : succession biologique des générations, transmission des expériences du travail, lente confluence des sens multiples de la vie, de sa valeur et de son partage entre les peuples. Le patrimoine n’est pas un amoncellement d’objets morts à déposer dans des cimetières muséographiques. Il n’est pas non plus un dépeçage de plus en plus savant de particularités défuntes. Si des espèces animales disparues suggèrent l’éblouissante efflorescence de la vie, les vestiges des œuvres humaines expriment comment une humanité s’est un temps comprise. Ce qu’ils relatent de l’homme, acceptable ou critiquable plus tard ou ailleurs, continue cependant à dire l’homme à l’homme. Leurs voix parlent aujourd’hui en avertissement, en espoir, en confiance. Il revient ainsi à chaque génération d’entendre et d’accueillir son histoire, pour la ressaisir ou l’enfouir à nouveau. Le patrimoine est une œuvre de vie, une génération. Celui qui s’en considère héritier, lui reconnaît sa fécondité présente, celle de rappeler que l’homme reste toujours à façonner.
Le patrimoine fondateur reste le plus gratuit, comme les parents quittés pour fonder une autre famille. La distance prise permet le retour. Le recul rend fidèle. C’est reconnaître que le passé ne se résume pas à une chronologie, à des composantes pétrifiées ni même à des analyses les plus neutres possibles. Il n’est abordable qu’en respectant la force qui, empoignant une époque, utilisant les techniques disponibles, à travers conflits ou platitudes, a voulu dire cette pulsion qui mettait des gens debout. Une culture reste hermétique si on ignore la foi qui la soulevait - soit dit sans prosélytisme, mais par respect de ce qui est.
Qu’il s’agisse de la haute nef de Saint-Savin ou d’un calice baroque de Niort, une même démesure s’expose : trop élevée pour que les fidèles en distinguent chaque détail, la voûte inscrit sur eux un ciel d’événements et une histoire à incarner. Les fines ciselures du calice, invisibles des assistants, rappellent au prêtre la réalité qu’il célèbre. L’excès de grandeur ou de miniature obéit à une démesure. Ce n’est pas la seule utilité qui définit l’homme et ses œuvres. La démesure de la grandeur ou la finesse du détail éveillent l’attention : l’homme est débordé par un espace qui l’attend et fixé sur un détail qui le concentre. C’est dire que l’homme est autre que ce qu’il fait, plus grand et surtout différent. Sa dignité et sa vocation ne peuvent qu’être symbolisées, lancées en avant vers un Autre qui marche vers cet homme. Le patrimoine entretient la puissance de ce symbole.
Si l’on juge l’homme uniquement à partir de ce qu’il produit ou possède, quelle estime aura-t-on de ceux qui ne peuvent travailler et de ceux qui n’ont rien ? s’inscrivent alors dans notre terre, les signes de la foi offerte à chacun, où chacun est accepté et traité en frère. Signes de la foi, car l’appel du Christ rend l’homme plus grand que lui-même. Ainsi la foi atteste, à travers les âges, que se lève toujours au cœur de l’homme, grâce à la beauté, l’espérance de devenir plus humain. A cause d’une promesse faite, d’une parole livrée.
Le patrimoine entretient cette responsabilité de garder l’estime - et les marque de l’estime - que nous portons à l’homme. Pour le croyant, il est image de Dieu, une image qui développe progressivement une plus juste ressemblance. C’est aussi la responsabilité de l’espérance.
Une responsabilité de conscience :
S’il garde la puissance symbolique que l’homme est appelé à se dépasser, le patrimoine garde également sur lui les meurtrissures de l’histoire. Les guerres, les antagonismes, l’usure du temps ont porté leurs coups. Le patrimoine nous arrive aujourd’hui blessé et mutilé. Des formes de puissance, de richesse, de pouvoir l’ont souvent constitué. Les même forces l’ont aussi détérioré.
Notre temps excelle dans les anniversaires, les commémorations et les souvenirs. C’est un excès de mémoire. Souvent d’ailleurs une mémoire qui n’éveille aucune conscience, faute d’analyse et de réflexion. Ne restent que des faits sans conscience.
Un bâtiment, un objet, un site travaillé par l’homme, témoignent de l’ambiguïté de l’homme : il crée et écrase, il bâtit et détruit. Les véritables racines dépassent les dates : elles s’ancrent dans l’homme. Car la racine ne se réduit pas aux faits ni aux dates qui s’additionnent, elle pénètre dans la conscience, donc dans une manière de regarder le monde, une attention aux motivations, une vigilance de l’esprit.
Le patrimoine rend conscient des enjeux de l’histoire. Il éveille à la responsabilité de construire, chaque jour, une humanité. Là, il éveille l’attention de la foi qui, vécue à chaque époque, ne s’identifie avec aucune époque ni aucune expression religieuse. Elle les déborde et les juge.
Le patrimoine n’est pas une culture morte. Des formes ont varié, des usages ont été modifiés, parce que la conscience des enjeux chrétiens dans une période précise oblige sans cesse à s’adapter. L’inacceptable, les compromissions, ne se découvrent que lentement. Il reste alors, au-dessus des enlisement, tendue en avant, la beauté qui invente et qui appelle. C’est pourquoi la beauté est toujours à recevoir et à relancer. Elle provoque à devenir plus humain, meilleur croyant.
Une responsabilité d’usage :
Un objet meurt quand il ne sert plus, devenant un squelette des services qu’il rendait. Le patrimoine appartient en grande partie aux instances publiques, l’Etat, les communes... Propriété et affectation sont distinctes. Cette situation, surprenante pour les étrangers, conduit l’Eglise et les collectivités publiques à devoir se parler. Elle attend que ces institutions vivent en bonne intelligence. Cette double réalité leur apprend à se respecter, à se connaître et à collaborer. Elle est de leur responsabilité commune et distincte.
Il en découle une responsabilité d’usage. Les églises et les objets sacrés sont affectés au culte ; il sont gardés pour lui. A ce titre, ils appellent des liturgies belles et des édifices soignés. L’attirance qui en naît, incite de plus en plus de visiteurs à venir voir.
Ce tourisme peut rester superficiel. Il peut tout autant permettre de comprendre les motivations du passé, sans aucun prosélytisme. Donc il découvre le cœur de l’homme. Le tourisme local, parce qu’il touche à l’essentiel de la vie des hommes, rend universel.
On accepte l’universalité, non pas simplement par le nombre de pays parcourus, mais par la compréhension de ce qui conduit des hommes à faire ce qu’ils créent. Même si on ne partage pas la même foi, même si les habitudes ont changé, se manifeste pourtant la même exigence de vivre humainement. Ce point commun éveille une conscience réfléchie.
* * *
Responsabilité de symbole, responsabilité de conscience, responsabilité d’usage : ce qui a fait hier la culture de nos aïeux devient aujourd'hui le fondement de notre propre culture. Cette continuité dans la beauté des choses, beauté multiforme et sans cesse innovante, permet de voir que nos existences ont vocation à être belles. Dans l’intime de cette vie, la foi invente ses expressions. Plus qu’en des réalisations passées, sa fidélité s’exprime en créant.
Doter un diocèse d’une “Commission d’Art Sacré” va beaucoup plus loin que de constituer un service supplémentaire. L’art, parce qu’il est créatif, révèle les tentatives par lesquelles l’homme traduit son propre dépassement. L’art est un travail d’humanité. Il symbolise la liberté de l’homme, il évoque le dépassement de soi où l’homme affirme sa dignité. Par cette prise de distance, il participe au sacré, c’est-à-dire à ce qui fonde le respect de l’homme ; et il évoque le mystère de l’homme. En cela, il peut être chemin vers Dieu.
L’organisation de la commission cherche à permettre au diocèse de dialoguer avec la culture contemporaine. Comme celle-ci comprend bien des aspects, différents comités tentent d’en approcher les composantes.
La Commission “Patrimoine, Culture et Foi” reçoit une mission importante pour le diocèse. L’enjeu culturel de la mission de l’Eglise est capital, sinon le témoignage de l’Eglise risquerait de devenir insignifiant, ce qui serait pire que d’être incompréhensible. Si un esprit peut toujours chercher à comprendre ce qu’il ne saisit pas, le manque de goût et de curiosité l’éloigne de ce qui lui paraît dénué de signification.
Fonctionnement :
1- Dans la Commission Diocésaine “Patrimoine, Culture et Foi”, chaque comité garde son autonomie pour réaliser ses objectifs propres.
a) Cette Commission se réunit en assemblée générale au moins une fois par an sur convocation de l’archevêque. Elle fait le point du travail de chaque comité. Elle synthétise pour le diocèse les travaux accomplis. Elle discerne les évolutions des mentalités qui ont une incidence sur l’approche ou l’expression de la foi. Elle dynamise les comités et leur donne des orientations générales.
b) Sont membres de cette assemblée générale tous les membres des Comités.
c) La Commission porte le souci de responsabiliser les acteurs de la pastorale et les séminaristes, sur l’importance de la dimension culturelle de leur mission.
d) La Commission soutient les comités dans leurs réalisations communes avec les instances civiles chargées de ces questions.
e) La Commission et chaque comité sont libres d’inviter à leurs travaux les personnes qu’elles jugent aptes à les éclairer et à les aider.
2-
a) Sauf pendant la constitution des Comités où ils sont désignés pour 3 ans, chaque comité élit son secrétaire pour 3 ans renouvelables une fois. Le secrétaire convoque les membres de son comité et en régule les travaux.
b) Deux fois par an, les secrétaires de chaque comité se rencontrent autour de l’archevêque ou de son représentant pour articuler le travail de leur comité avec les autres comités et avec les différents services du diocèse.
c) Ils désignent deux d’entre eux pour constituer un secrétariat permanent. Chacun est désigné pour deux ans renouvelables une fois.
Objectifs des différents comités :
1- Comité historique et scientifique
- Ce Comité a pour mission d’entretenir avec les élus, avec les responsables des Affaires Culturelles et de l’Education Nationale, ainsi qu’avec les affectataires, des relations institutionnelles compétentes afin de conserver au patrimoine religieux sa vocation cultuelle. - Il émet un avis circonstancié sur l’usage du patrimoine religieux, fidèle à sa nature et créatif selon les nécessités de la liturgie. - Il participe, comme comité scientifique, aux manifestations organisées par des équipes de la Commission diocésaine Art et Foi. A ce titre, il sera régulièrement consulté. - Il soutient la publication de textes religieux anciens du Poitou.
2- Comité Art et Liturgie
- Le Comité constitue la Commission diocésaine d’Art Sacré. - A ce titre, il doit être consulté pour tout aménagement des églises. - Il propose des initiatives chargées de faire se rencontrer la liturgie et les arts contemporains. Il organise des sessions, des expositions... - Il est chargé d’informer le diocèse de la vitalité de l’Art Sacré. - Il assure le lien avec les instances régionales et nationales.
3- Association Parvis (Patrimoine Religieux Vienne - Deux-Sèvres)
Le président de l'association Parvis remplit les fonctions de secrétaire de ce Comité.
4- Comité Art et Rencontre (Art contemporain et Création)
- Entretenir entre l’Eglise diocésaine et les artistes contemporains des relations capables de faire découvrir à l’Eglise les recherches actuelles et d’informer les artistes de la vie de l’Eglise. - Promouvoir la culture artistique de chaque homme et de nos communautés. - Organiser des rencontres, colloques et expositions.
5- Comité des Objets du Culte
- Sensibiliser les communautés chrétiennes et les municipalités à la qualité et à la signification de leurs objets du culte et à leur gardiennage. - Veiller à l’entretien des objets du culte, connaître leur existence et favoriser leur conservation et leur utilisation. - Entretenir des relations avec les Conservateurs des antiquités et objets d’art. - Participer à des expositions ou en susciter, provoquer la création. - Chercher à créer des lieux de conservation et d’étude des objets inemployés.
6- Comité de Musique sacrée
- Plus largement que le Centre de Musique Sacrée, rendre vivant le patrimoine de musique religieuse du Poitou et garder des contacts avec des compositeurs actuels. - Etre en relation avec le Conservatoire régional, les chorales civiles et, généralement, avec ceux et celles qui s’intéressent à la musique religieuse. - Veiller à l’application des règles sur les concerts dans les églises. - Travailler avec Radio Accords.
7- Comité Arts et Traditions populaires religieuses
- Recueillir dans le diocèse les expressions religieuses populaires afin d’en garder traces et de pouvoir les étudier. - Suivre le culte des saints et des reliques afin d’en conserver le contenu authentique. - Discerner les évolutions des mentalités religieuses.
8- Comité de la Pastorale des Réalités du Tourisme et des Loisirs
- Assurer les contacts avec les organismes civils dans le diocèse. - Mettre en œuvre un travail de communication et de formation pour une meilleure approche du patrimoine religieux et un accueil adapté aux touristes selon les lieux. A ce titre, participer à la formation des guides. - Assurer les liens avec les instances régionales et nationales de l’Eglise.
|
Président : Mgr Albert Rouet
Coordonnées : 1-3 place Sainte-Croix 86035 Poitiers cedex Tél : 05.49.50.76.30 Fax : 05.49.50.12.01
Email :
Cette adresse email est protégée contre les robots des spammeurs, vous devez activer Javascript pour la voir.
|
|