Quelle place pour la Révélation face à la science ?




Résumés :

Résumé 1 (Stéphane Marcireau)
Ne peut-on pas parler de révélation scientifique ? Cependant si la religion concerne plutôt l’existence et la science le monde, où se situe donc le problème ? Peut-être le conflit entre la raison et la foi resurgit-il ? N’y a-t-il pas assez de place pour que l’une et l’autre cohabitent ?

Résumé 2 (Bertrand Parisot)
Démythifions. L'impression d'omniprésence de la science est surtout due à une démonstration de puissance de la technique utilisant des découvertes scientifiques. Mais le XXe siècle a été celui qui a le mieux mis en valeur les limites théoriques et pratiques de la science.
Elle se présente d'autant mieux comme lieu de la Révélation. L'Eglise, dépositaire de la Parole de Dieu se découvre alors une responsabilité face aux débouchés des découvertes scientifiques.



par Stéphane Marcireau  (Texte 1)
par Bertrand Parisot  (Texte 2)
par Jean-Luc Cravéro  (Texte 3)
par Loïc Buthaud  (Texte 4)
par Carole Benoist  (Texte 5)






Quelle place pour la révélation face à la science ?
(Stéphane Marcireau)


La question suppose d’emblée que révélation et science se disputeraient sur le même terrain, la science empiétant sur celui de la révélation religieuse. Dans ce cas ne faudrait-il pas évoquer une confrontation entre une révélation scientifique et une révélation religieuse ? Nous tiendrons cependant à insister sur l’écart entre ces deux formes de « révélation ». Peut-être ne s’affrontent-elles pas vraiment du moment où les domaines respectifs de l’une et de l’autre sont délimités ? Dans ce cas ne serait-il pas possible à un scientifique d’accepter une révélation religieuse, ou à une société techno-scientifique de renouer avec une révélation religieuse ? A moins que des raisons (irrationnelles ?) ne se glissent dans le refus de cette cohabitation… ou qu’il faille un réaménagement de l’expression de la révélation religieuse ?

I-Deux formes de révélation

Commençons par définir la révélation : selon le Larousse, il s’agit de la « manifestation d’un mystère ou dévoilement d’une vérité par Dieu ou par quelqu’un inspiré de Dieu ». Le terme révélation correspondrait explicitement au domaine religieux, ce qui nous permet d’employer l’expression de « révélation religieuse ». Cependant, si nous envisageons l’étymologie de ce terme, « révélation » provient du latin relevare signifiant dévoiler. Il s’agit donc de montrer la vérité, de dévoiler la nature des choses. En ce sens nous pourrions évoquer une révélation scientifique puisque la science entend nous expliquer le fonctionnement du monde, et nous en montrer la vérité.
Si révéler signifie dévoiler la vérité, il semble bien que la révélation religieuse et la révélation scientifique se disputent sur un même terrain puisque l’une et l’autre envisagent la question de la vérité. Néanmoins, pour aller plus loin, ne faut-il pas envisager la nature des vérités évoquées par l’une et par l’autre ?

II-Des vérités de nature différente

Nous voudrions maintenant montrer que la révélation scientifique et la révélation religieuse ne considèrent pas les mêmes « types de vérité ». En effet, la « science » se propose de nous expliquer comment fonctionne le monde et envisage la maîtrise de la nature, aussi bien de l’inerte que du vivant. Afin de mener à bien ce projet, la science se définit par l’usage d’une méthode rationnelle, rigoureuse et progressive, à l’image de la méthode cartésienne s’inspirant des mathématiques.
La science aspire à une explication, universelle, du monde physique, qui s’appuierait exclusivement sur la raison. En ce sens, les opinions, les préjugés, la culture, la religion… n’interfèrent pas dans une démarche scientifique puisque seule la raison est convoquée…

Remarquons combien cette impartialité de la raison confère à la « science » ses lettres de noblesse.
Au contraire, la révélation religieuse viserait plutôt à nous expliquer qui nous sommes et comment il faut vivre, délaissant la question du fonctionnement de la nature. Les questions existentielles seraient alors l’apanage des religions et de la philosophie. Ajoutons, concernant la révélation religieuse, qu’elle ne s’appuie plus fondamentalement sur la raison, mais sur la foi. En ce sens un philosophe tel Kierkegaard a pu dire « la foi n’a pas besoin de la preuve, elle doit même la regarder comme son ennemie ».
Deux domaines distincts, deux ordres de vérité apparaissent alors, et qui ne semblent plus se disputer sur le même terrain. Si la science s’appuyant sur la raison, cherche à comprendre le monde et à le maîtriser par la connaissance des lois qui le régissent, la religion, s’appuyant sur la foi, vise à répondre à des questions existentielles. Les deux domaines ainsi délimités vont-ils forcément s’exclure ou une conciliation est-elle possible ?

III-La conciliation entre les différents ordres de vérité

Pour répondre à cette question, nous pourrions rappeler qu’il existe d’augustes scientifiques qui croient et adhèrent à une révélation religieuse. Lors d’une conférence à Poitiers sur le sens de l’univers, Hubert Reeves reconnaissait qu’il lui était impossible, en tant que scientifique, de se prononcer sur l’existence de Dieu. Cela induisait donc une totale liberté, pour le scientifique, de croire ou de ne pas croire…
Nous pourrions alors achever ici notre réflexion en précisant que si la raison s’impose à nous par son évidence, la foi révèle notre liberté et notre capacité à nous détacher de ce qui serait strictement rationnel. N’est-il pas irrationnel de croire, par exemple, à la résurrection ? Celui qui, à notre époque, croit à la résurrection du Christ a-t-il vu le Christ mort et ressuscité ? L’a-t-il observé et touché ?
Nous déduisons de ce qui précède que, radicalement, il n’y a pas de problème de partage entre la révélation scientifique et la révélation religieuse.
La question suggère pourtant la difficulté de la cohabitation de la science et de la religion, de la raison et de la foi. En un même individu, foi et raison peuvent coexister, de même qu’un logis peut comporter un rez de chaussée et un étage. Pascal n’écrit-il pas « athéisme, signe de force d’esprit mais jusqu’à un certain degré seulement » ? La question serait alors de savoir pourquoi un individu -ou une société- n’accepterait que ce qui proviendrait de la raison et refuserait systématiquement toute révélation religieuse s’appuyant sur la foi.

IV- Pourquoi ne pas donner sa chance à cette possible cohabitation ?

Nous évoquerons quelques pistes, dont la liberté d’accepter la possibilité la foi, le refus de la transcendance (liée aux religions révélées), et enfin le conflit de pouvoir.
Tout d’abord la révélation religieuse apporte une forme de réponse aux questions existentielles. Mais l’individu reste libre d’accepter cette proposition. Nous postulons ici qu’il faut une démarche volontaire et consciente pour faire naître et fortifier la foi, sinon il ne serait plus question de liberté individuelle de « choisir ». Des philosophes peuvent ainsi ­tel Epicure-proposer des réponses aux questions existentielles (concernant par exemple le sens de la mort) en s’appuyant sur la raison en dehors de tout cadre religieux.

Ensuite, il serait possible de rechercher une réponse religieuse mais qui ne s’appuie pas sur une révélation.
Si la révélation est « l’action par laquelle Dieu communique aux hommes (en général des prophètes) des vérités présentées comme inaccessibles à la raison », nous voulons mettre en évidence qu’un message est révélé à un élu et non pas directement à moi-même. En ce sens, dans une société où il faut expérimenter et tout vivre pleinement, accepter telle quelle la vérité d’autrui sans pouvoir la vérifier par soi-même relève de l’aliénation de la liberté. C’est pourquoi des courants spirituels qui n’exigent pas d’accord préalable sur des vérités indémontrables trouvent une voie dans nos sociétés modernes comme l’illustrent de nombreuses ramifications du New Age, comme celles, par exemple, en lien avec le culte de la nature où celle-ci, déifiée est la source des guérisons. L’individualisme drainant avec lui le souci d’autarcie, d’autonomie et d’indépendance, les religions révélées, qui exigent un abandon de ces valeurs seraient alors discréditées. D’une certaine manière, serait rationnel et donc acceptable ce que chacun pourrait expérimenter par lui-même. Cela ne représente pas à nos yeux des critères proprement scientifiques mais révèle plutôt un préjugé répandu désignant ce qui serait qualifié de scientifique.
Enfin, en dernier lieu, peut-être y aurait-il un conflit entre la révélation scientifique et la révélation religieuse parce que la première n’accepterait plus de partager le pouvoir sur les consciences. La science développe un projet sur le monde qui vise à l’expliquer et à le maîtriser. Un « esprit scientifique » s’est développé en lien avec les progrès techniques et la société de consommation, faisant l’apologie de la « rationalité », du progrès, de la rentabilité et de l’indépendance de chacun, exaltant ainsi la raison. Peut-être une forme d’orgueil se précise-t-elle dans ce mouvement ?
Quoi qu’il en soit, si une révélation telle le christianisme légitime la foi comme degré le plus élevé de l’humanité (cf. la citation de Pascal), les valeurs d’autonomie et de rationalité deviennent secondaires. Un conflit peut apparaître si ces deux conceptions rivalisent sur le terrain du « projet sur l’humain ». Dans ce cas « l’esprit scientifique » et « l’esprit religieux » ne peuvent absolument pas cohabiter, se disputent le pouvoir et s’affrontent dans une bataille à la Pyrrhus au terme de laquelle l’humanité ressortira d’autant plus affaiblie que la science et la religion auront perdu leurs valeurs profondes, se fourvoyant dans un combat insensé.

Le mystère de l’architecture humaine

Nous persistons à penser que foi et raison peuvent coexister mais en reconnaissant leurs domaines propres. Cela ajoute alors à la complexité de l’être humain mais lui donne certainement une profondeur et une densité créatrices. Au-delà d’un obscurantisme religieux ou scientifique (où chacun exclurait l’autre) une cohabitation lumineuse semble souhaitable où l’humain ferait vibrer toutes ses fibres en une riche polyphonie. Pour reprendre la citation de Pascal, la nature humaine n’est-elle pas semblable à une maison possédant un étage (la foi), établi sur son rez-de-chaussée (la raison) ? N’y aurait-il pas alors suffisamment de place pour tout ce qui fait l’humanité ? Est-ce alors l’incohérence de certaines architectures qui dissuade de suivre ou tout simplement d’envisager cette voie ? Y a-t-il un choix de chaque individu qui soit incommensurable à autrui ?




Quelle place pour la révélation face à la science ?
(Bertrand Parisot)


Bien que je puisse passer pour le scientifique du groupe, que l’on n’attende pas de moi ici que je dise ce qu’est la science, ou que j’en relise l’histoire en lien avec celle de l’Église. Au contraire, au risque de sembler vouloir mordre la main qui me nourrit, j’insisterai sur ce qu’elle n’est pas, tant il me semble nécessaire de procéder à une profonde démystification (et même dé-mythification).

Le constat est évident : ce qu’on appelle communément la science est aujourd’hui perçue comme omnisciente et omnipotente. N’en déplaise aux historiens, cette puissance n’a rien à voir avec le rêve des mécaniciens du XVIIIe et du XIXe siècle de connaissance parfaite et mathématique du monde, mais elle est due à la bombe atomique, qui n’est pas autre chose qu’une révélation de force ; à la mécanisation agricole, révélation de pouvoir (celui de nourrir facilement d’immenses populations) mais qui, en chassant les gens des campagnes, les a coupés d’un contact vital avec la nature et ses rythmes et, partant, d’une certaine compréhension du monde ; au confort moderne et la volonté politique qui l’a développé, qui vise à faire se confondre les termes de progrès et de croissance économique.

Il convient cependant de se défaire de cette idée de perfection, notamment en distinguant dans le magma de tout ce que l’on peut attribuer à la science ce qui en fait ne relève que de la seule technique : si étudier la fission de l’atome d’uranium 235 ou de plutonium 239 est du domaine de la science, exploiter ces connaissances pour fabriquer une bombe, une centrale électrique n’est que de la technique, cela ne fait pas progresser la connaissance (Galilée ou Newton auraient dit que fabriquer un canon n’est pas de la science, mais qu’étudier la trajectoire des obus qu’il envoie en est).

Ceux qui communiquent à grande échelle au nom de la science ont ici une grande responsabilité, en instrumentalisant la science au profit d’objectifs tiers. Le principe du Téléthon est par exemple de jouer sur l’espoir d’un pouvoir de guérison encore à révéler. L’objectif est louable tant qu’il s’agit de soutenir les personnes atteintes de maladies génétiques et leurs familles, d’essayer de leur apporter une guérison, fût-elle partielle, mais il est dangereux de mettre en avant la thérapie génique comme seule planche de salut. Non seulement un échec est possible même à long terme, mais cette voie risque d’instrumentaliser l’homme en le réduisant à des considérations biologiques et, sous prétexte de prévention, de dévier vers des conduites eugénistes. Je ne sais pas si en avortant d’un fœtus possiblement atteint d’une grave maladie génétique, " c’est Mozart qu’on assassine " (1), mais Michel Petrucciani probablement et le magnifique amour dont témoignent les familles d’enfants trisomiques à coup sûr. Présenter une recherche encore balbutiante et ne sachant pas jusqu’où elle a le droit (moral) d’aller comme un salut certain est criminel car trompeur. D’autant que cela condamne la science à une réussite technique qui n’est pas forcément souhaitable humainement. Il y a toujours un choix à faire dans l’application d’une technique résultant d’un savoir nouveau (2) ; tout miser sur cette technique avant même sa mise au point, c’est forcer ce choix et atteindre à la liberté humaine.

L’apport le plus important de la science du XXe siècle est, bien que cette connaissance soit minimisée, la découverte de limites théoriques au développement de la connaissance. La limite la plus importante est certainement d’ordre logique. En démontrant en 1931 que dans tout système d’axiomes existait des postulats dont il est impossible de démontrer ni la véracité, ni son contraire, le Suisse Gödel a mis un terme aux illusions déterministes. Certains, à l’esprit religieux très conservateur pourront affirmer que, Dieu ayant fait le monde, il l’a fait de telle sorte qu’il reste des zones d’ombres dans la connaissance humaine. Concrètement, cela n’est pas un frein à la recherche mathématique, au contraire cela a ouvert de nouvelles portes. Mais c’est surtout une perche tendue aux philosophes et épistémologues. Autres limites objectives à la science, dans le domaine de la physique on pourrait citer le temps de Planck (3), ou le principe d’Heisenberg (4). Pratiquement, l’important est juste de retenir qu’il existe des domaines entiers de savoirs qui sont définitivement hors de portée de tout savoir scientifique et tout ce qui s’y rapporte ne peut alors être qu’élucubrations, science-fiction, poésie ou… théologie.

Il existe aussi des limites pratiques (résultant d’impossibilités techniques, mais pas seulement) à certains développements. Ainsi la machine de Türing (modèle logique d’ordinateur parfait, pouvant servir à de nombreuses démonstrations mathématiques) n’existe pas concrètement, car le modèle fait abstraction du facteur temps. Or un ordinateur, même le plus puissant, n’est utile que s’il effectue un calcul en un temps fini. On peut à la rigueur contracter le temps en employant des machines de plus en plus rapides, mais ce n’est qu’un pis-aller.

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Ainsi, de nombreux domaines de la connaissance et de la vie humaine ne sont pas et ne peuvent pas être abordés par la science. Pour autant, la révélation peut-elle se cantonner aux vides laissés par la science ? Au nom d’une parfaite rationalisation du monde, certains le désireraient, mais ceux-là ne sont justement pas en contact avec les grands problèmes de recherche actuels. De nombreux scientifiques de touts croyances sont soumis, de par leur activité, à de profondes interrogations, ce qui me fait dire que la question de la révélation est dense (5) dans le domaine de la science.

Esthétique, cohérence, consistance… Si Dieu se dit à l’homme, il se dit de toutes les manières, par toute la création et en particulier dans les recoins où les chercheurs peuvent mettre leur nez. Hubert Reeves, astrophysicien agnostique, ne peut s’empêcher de s’émerveiller devant l’admirable cohérence des lois de la physique qui ont gouverné à la naissance de l’univers, en même temps que devant le miracle que cette naissance représente, réalisant toujours l’événement le moins probable. Il rejoint ici de grandes intuitions de Teilhard de Chardin.

Touchant à l’univers, la révélation est présente parce qu’elle parle à l’homme. On ne peut manquer de s’interroger sur les mécanismes de l’esprit qui conduisent à une découverte. Toutes les grandes découvertes et inventions sont le fruit d’une intuition plus que d’un réel travail de raisonnement. Ainsi le reconnaissait Henri Poincaré : " L’intuition ne peut nous donner la rigueur, ni même la certitude. En devenant rigoureuse, la Science Mathématique prend un caractère artificiel (…), on ne voit plus comment et pourquoi les questions se posent (…). La logique, qui peut seule nous donner la certitude, est l’instrument de la démonstration, l’intuition est l’instrument de l’invention. " (6) Cette intuition prend parfois la forme d’une révélation, comme Laurent Schwartz ou Richard Feynman en ont fait l’expérience, écrivant en quelques heures une théorie complète répondant à des problèmes importants qui avaient été des obstacles à la recherche pendant des années (7). Revenant dans une autobiographie sur cette expérience d’une nuit, Feynman décrit son état dans les mêmes termes qu’on emploierait pour relater une expérience mystique. Cela montre que le chercheur scientifique est d’abord un homme et, avant de raisonner avec toute la rigueur de la logique, pense et agit avec son cœur. C’est aussi en travaillant de manière rigoureuse une idée révélée par la prière et une longue ascèse que l’on construit et dessine une icône.

La science est aussi lieu de révélation de l’homme, de ses affects, envies et projections, parce qu’elle ne se déploie qu’à travers des hommes. Il n’existe plus de scientifique isolé et la science est alors comme toute activité humaine un lieu d’échanges, d’interaction entre des individus qui peut permettre à chacun de se découvrir autant que de découvrir l’autre.

Dans des bandes dessinées de vulgarisation scientifique, l’astrophysicien Jean-Pierre Petit fait entrevoir un possible problème à venir, tout en le dépassionnant et en le resituant dans son contexte (8) : la science deviendra monstrueuse, effrayante, quand les machines (ordinateurs) auront l’initiative (cf. les ordinateurs HAL de 2001, Odyssée de l’espace et Big Brother de 1984) car alors l’homme pourra s’avérer dépassé et la science, détachée de toute marque humaine, sera force de pouvoir sur l’homme, aliénante car totalement extérieure à lui.

Ce qui fausse le jeu dans le domaine scientifique n’est donc pas la science en elle-même, mais de s’en servir comme outil (technique) qui ne soit plus complètement au service de l’homme, mais qui cherche à exister en soi, soit en imposant une logique implacable allant à l’encontre de la liberté humaine, soit en n’étant plus guidée par une pensée unifiante.

La science est gratuite. Partant du principe que la science n’invente pas, mais découvre, il n’existe pas de réelle propriété de l’objet découvert, car la connaissance est universelle (tout homme peut théoriquement y accéder et contribuer à la développer). Ainsi, de nombreux informaticiens ou chercheurs utilisant l’informatique se lient en réseaux pour développer des outils mis gratuitement au service de tous (système d’exploitation Linux et toutes les applications l’utilisant, traitement de textes scientifique TEX, etc.). Tant qu’il s’agit de faire avancer la connaissance, nul intérêt ne peut être revendiqué, sinon le renom dû à une découverte. On peut éventuellement être rétribué pour son travail (les mathématiciens américains sont payés au théorème produit, cas limite), mais certainement pas revendiquer de propriété. Déposer un brevet sur un gène est une atteinte à la science et à l’humanité elle-même : nul ne peut posséder ce qui lui préexistait, ce qui est un élément fondamental de la vie humaine.

Dieu se révèle gratuitement à l’homme. Gratuitement, parce qu’Il n’oblige pas l’homme à le suivre, mais lui fait don de ce qui peut lui permettre de grandir : sa Parole. Le parallélisme peut ici s’établir, non pas que la parole scientifique puisse être mise au même niveau que la Parole de Dieu, mais parce que le savoir se donne simplement à connaître sans aucun retour espéré, ou il y a perversion.

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Il m’est sans doute impossible de conclure avant d’avoir abordé ce qui occupe les médias depuis quelques mois, à savoir les problèmes éthiques liés aux récentes découvertes. Mais plutôt que de développer une argumentation, je me contenterai de donner des pistes de méthode pour mener la réflexion.

Il y a d’une part les délires techniques engendrés par l’industrialisation : la réflexion entre une découverte technique et sa mise en place à grande échelle n’est en général pas faite pour des raisons économiques (" tout, tout de suite ") alors qu’elle est toujours indispensable. Faire manger des farines animales aux vaches s’avère catastrophique, la mondialisation des OGM est lancée sans qu’on soit sûr de leur innocuité. Il y a un manque de conscience grave, qui ici ne relève pas de la science, mais de l’économie et de la politique.

D’autre part, les emballements irraisonnés de la recherche, notamment dans le domaine génétique. L’emballement est normal, car il s’agit d’un domaine neuf où les découvertes peuvent se succéder à grande vitesse, avec chacune un chapelet de conséquences qui peuvent être importantes. Cela ne dispense pas pour autant de la réflexion et notamment quant à l’avenir à donner à certaines découvertes et surtout quant au sens général à donner. Mais ce n’est pas forcément aux chercheurs de le faire. Comme l’explique le philosophe Yves Michaud, initiateur de l’Université de tous les savoirs : " La conscience civique n’est pas à la hauteur de l’importance que la science a prise dans nos vies. (…) Il y a nécessité d’un supplément non pas d’âme mais de pensée " (9), il faut donner aux scientifiques " le sentiment d’avoir des comptes à rendre ".

D’où attendre ce supplément de pensée ? D’une part d’un effort d’explication de la part de ce qui détiennent le savoir scientifique, mais qui soit dépassionnée et désintéressée : un chercheur aura (presque) toujours tendance à valoriser le domaine qui l’intéresse, donc à camoufler des zones d’ombres. D’autre part d’un effort de parole accru mais surtout mieux expliqué de la part des Églises, dépositaires de la Parole révélée en Jésus Christ. La révélation adressée à chacun et entendue donne conscience pleinement humaine, elle éclaire cette conscience, seule actrice du devenir commun. C’est le public qui influence les décisions politiques, c’est lui qui doit savoir ce qui humanise les découvertes, qui doit alors exprimer fermement son refus ou non de certaines choses. Plongé dans ses recherches, le chercheur manque de recul pour avoir l’intuition du sens de ce qu’il fait. Il peut l’acquérir grâce au nécessaire effort de clarté que demande l’explication, mais aussi par le contrôle que le public pourra avoir.

Nous en revenons donc à l’idée que la science doit se garder de toute tentation de déshumanisation en renforçant à chaque étape de son évolution les liens humains. En posant des questions, elle contribue à la connaissance de l’homme, en diffusant cette connaissance, elle contribue au développement de sa conscience.
(1) Gilbert Cesbron.
(2) Einstein a su faire ce choix : bien qu'ayant été l'un des précurseurs de la physique quantique, il a refusé de participer au développement de la bombe atomique. Sa réalisation a même été un drame pour lui.
(3) Temps au-delà duquel on ne peut remonter, même par la théorie, dans l'étude du Big Bang.
(4) On ne peut connaître précisément à la fois la vitesse et la position d'une particule, problème qui a suscité la célèbre réplique d'Einstein : " Dieu ne joue pas aux dés. "
(5) En mathématiques, un objet A est dense dans un objet B si, dans tout intervalle de B on trouve des éléments de A. Ainsi, entre deux nombres réels, il y a toujours des nombres rationnels.
(6) H. Poincaré, Deuxième Congrès International des Mathématiciens, Paris 1900.
(7) Schwartz a introduit la notion de distribution, généralisant celle de fonction et permettant des calculs d'intégrales de somme infinie. Feynman l'a utilisée, entre autres outils, pour sa théorie unifiant les forces quantiques (à l'intérieur des noyaux atomiques).
(8) Anselme Lanturlu, A quoi rêvent les robots ?, éditions Belin.
(9) Entretien dans La Croix, samedi 30, dimanche 31 décembre 2000.




Quelle place pour la révélation face à la science ?
(Jean-Luc Cravéro)


Le 14 Nisan de l'An 30, selon la datation scientifique la plus probable, vers 3 heures de l'après-midi, le voile qui dans le Temple de Jérusalem, isolait le Saint des Saints des fidèles, s'est déchiré.
Et il a été révélé à chacun que le Saint des Saints, lieu supposé de la présence de Dieu, était vide.
Mais alors, où était Dieu ?
Et qui était-il ?

Au même moment, à l'autre bout de la ville, un crucifié rendait l'âme à son père en ayant la force de pardonner à ses bourreaux et après avoir accepté un procès inique où sa mort était déjà décidée par les puissants.
Il signait là le point final d'une courte vie où il avait signifié dans ses paroles et dans ses actes qu'il désirait l'Homme debout, marchant vers son accomplissement.

Pour qui voulait bien le voir, Dieu se révélait alors comme celui qui se compromet avec tout homme jusqu'à accepter de mourir de manière douloureuse et infamante.
Les générations de chrétiens qui ont suivi ont perçu que Dieu s'engageait là de manière concrète et inconditionnelle.
C'est cette prise de conscience bouleversante qui a amené ces hommes à se rendre proches des autres et à les aimer comme ils étaient aimés par Dieu.
Mais aussi à se laisser aimer.
Et alors seulement ces autres devenaient des frères.

Certains sont pris de doutes, se demandant si le christianisme ne se résume pas à un mode de vie édifiant.
Il reste alors l'énigme de la Résurrection de Jésus.
Provocation à progresser en compréhension ?
Provocation à entrer en communion avec le mystère même de Dieu ?




Quelle place pour la révélation face à la science ? (Loïc Buthaud)



Par science, nous entendons un corps de théories obtenues selon les mêmes principes méthodologiques, à savoir une connaissance exprimée selon un mode mathématique et validée par un processus expérimental reproductible. Par conséquent nous excluons au premier abord à la fois les connaissances qui pourraient éventuellement se prévaloir du terme de science (science philosophique, science théologique, science mathématique), et également la représentation commune que l’on a de la science expérimentale, représentation où se mêlent paradoxalement la crainte du progrès scientifique (clonage, OGM, thérapie génique, etc.) et une confiance aveugle en ses thèses (le fameux "Il est prouvé scientifiquement" que les profs de philo connaissent bien...).
Pour ainsi dire, afin de cerner le sujet au plus près, nous utiliserons le terme de science au sens de sciences expérimentales. Cela signifie que nous ne réfléchirons pas tout d’abord sur la non-validité du discours religieux pour l’homme commun à cause de sa non-scientificité.

1. Une place de pouvoir ?
Nous n’en sommes plus au positivisme du XIX° siècle. Les progrès fulgurants des sciences donnaient des espoirs à certains qui, à l’instar d’Auguste Comte, voyaient dans le progrès scientifique un progrès pour l’humanité. Le fondateur du positivisme systématisait sa thèse, en distinguant dans l’histoire trois phases : l’ère religieuse, l’ère philosophique et l’ère scientifique. Nul face à face entre la science et la révélation ; la première est l’achèvement du savoir humain quand la seconde en est le balbutiement dépassé.
Nul scientifique ne tiendrait aujourd’hui ce discours, non parce qu’il attribuerait à la révélation un crédit scientifique, mais parce qu’il ne donne pas à la science une telle signification. La glorification de la science, de l’Encyclopédie aux théories du savoir émancipateur de l’école républicaine, tenait principalement au fait que le monde scientifique devait lutter contre des résistances sociales (religieuses, philosophiques, superstitieuses, même scientifiques...) pour assurer sa place. Sa situation institutionnelle acquise aujourd’hui, le monde scientifique semble plus lucide sur la science ; libre dans son champ d’investigation sans avoir à se justifier devant une institution non scientifique, la science peut en toute quiétude s’adonner à l’analyse des processus vitaux, des forces agissant dans l’univers, des structures de la matière, des origines de l’homme ou du monde, etc.
Ainsi donc, du point de vue du pouvoir institutionnel, il semble globalement qu’il n’y ait plus de difficulté entre d’une part les autorités dépositaires de la révélation, et de l’autre les autorités scientifiques. Personne ne reprocherait à un scientifique d’avoir la foi, ni à un croyant d’être scientifique. Il semble que ce n’est donc pas entre les deux institutions qu’il y a conflit ; mais c’est au sein même d’une personne qui accorde crédit et à la parole révélée et au discours scientifique qu’il est difficile d’attribuer à l’une et à l’autre sa juste place.

2. Quand le discours scientifique et la parole révélée portent sur le même objet.
La place de la révélation face à la science ne pose problème que si le discours scientifique et la parole révélée portent sur le même objet. Au sens strict, la révélation est révélation d’un être qui échappe à l’observation scientifique par principe (Dieu, l’âme), et révélation d’un sens déterminé pour l’homme, pour la collectivité, pour l’humanité et pour l’univers, sens qui ne fait pas l’objet du discours scientifique (le conflit s’il y en a serait alors plutôt entre la révélation et la philosophie). Il reste que l’on peut déterminer des champs de discours communs à la révélation et à la science ; nous n’en voyons que trois : l’origine de l’univers, l’origine des vivants, et l’origine de l’homme. Il n’est pas ainsi étonnant que ce soit sur ces thèmes (Big-Bang, apparition de la vie, évolutionnisme) que l’on retrouve le conflit, notamment dans la presse. Plusieurs attitudes sont alors possibles.
Le fondamentaliste niera la prétention de la science à parler de ce qu’elle ne peut connaître. Une espèce plus modérée de fondamentaliste attendra sereinement que la science vienne prouver ce que déjà il sait ; dès lors la science aura raison et il faudra l’encourager quand elle s’accordera avec la révélation, il faudra lui accorder une indulgence quand elle s’égarera dans des hypothèses contradictoire avec le donné révélé. L’attitude inverse serait de discréditer toute parole révélée qui ne correspondrait pas aux avancées de la science ; la difficulté étant de croire en partie à la révélation, tout en acceptant l’unité de cette révélation : belle contradiction. Une attitude plus modérée, ou plus jésuite, sera non de discréditer tel passage mais de modifier son interprétation en fonction des théories scientifiques du moment. Ce qui revient à peu près au même.
La difficulté vient du fait que la parole révélée et le discours scientifique ne sont pas de même nature. Le discours scientifique est par essence hypothétique, fondé sur une méthode propre avec en arrière-fond une théorie elle-même hypothétique. En ce sens, la parole révélée n’a aucune valeur scientifique, cela va sans dire ; et l’on n’a pas eu besoin d’attendre la naissance des sciences expérimentales pour s’en rendre compte. Reste à déterminer la nature de la parole révélée, ce qui est déjà plus difficile. Peut-être peut-on dire qu’il ne s’agit pas d’affirmer que ce qui est dit est la vérité, mais qu’il y a de la vérité dans ce qui est dit, une vérité à découvrir. La science peut participer à cette découverte.

3. La théologie : Agora de la science et de la révélation ?

S’il est une place pour la révélation face à la science, cette place est peut-être une agora où ils puissent se rencontrer ; cette place est, me semble-t-il, la théologie. Il reste que la relation entre théologie et science est nécessairement asymétrique. En effet, il semble que la théologie, comme explicitation rationnelle de la révélation, peut difficilement se passer de la science, alors que la science n’a aucunement besoin de la révélation pour accomplir son travail. On pourrait donner de multiples exemples de cet apport. En exégèse, l’apport des connaissances et de la méthode scientifique est flagrant. Dans le domaine moral, les avancées de la génétique montrent que le foetus est un être propre, dépendant sans être membre de la mère, génétiquement humain, ce que le Moyen-Age ignorait. Les conséquences de ces découvertes pour le respect humain sont évidentes. La liste pourrait être longue.
Il reste que l’on a considéré la science comme une connaissance jusqu’à présent, en négligeant une de ses finalités qui est aujourd’hui sa principale : la technique.

4. La révélation : un supplément d’âme pour la science ?

En effet, la science est non seulement une source d’explication du monde, mais aussi et de plus en plus un instrument de pouvoir sur le monde (humanité comprise) par l’intermédiaire de la technique ; là est la source des inquiétudes que suscite la science aujourd’hui. Devant cette augmentation sensationnelle de la puissance que la science offre aux hommes, Bergson attendait un supplément d’âme, une sagesse qui viendrait orienter cette puissance pour qu’elle serve l’humanité.
La révélation est révélation toujours d’un sens, et donc en ce sens sagesse ; elle pourrait trouver là sa pertinence. Il faudrait pourtant émettre deux réserves : la révélation ne peut être une place de repli face aux peurs suscitées par la science. De plus, il semble que ce désir relèverait de la bonne intention. Un principe semble guider la science sans exception : ce que la science peut faire, elle le fait. Rien ni personne ne peut limiter durablement le progrès scientifique, et c’est bien là que réside la cause de la crainte. Crainte, notons-le, toujours accompagnée d’une confiance dogmatique dans le discours scientifique.

5. La science : un obstacle apostolique à la révélation ?

Bachelard notait que la science progressait en surmontant des obstacles épistémologiques. Ceux-ci sont principalement constitués par des représentations populaires de la nature infondées scientifiquement. La révélation, en un certain sens, a longtemps constitué un obstacle épistémologique en diffusant une représentation de l’univers non-scientifique. Il semble qu’aujourd’hui les rôles soient inversés. La révélation, quand elle est annoncée dans un cadre apostolique, rencontre comme obstacle l’argument de la science. "Dieu, j’y croirai quand il sera scientifiquement prouvé..." Ce refrain est bien connu, si bien que l’on pourrait considérer la science comme un obstacle apostolique pour la révélation.
Cela serait un peu rapide, et pour deux raisons. Premièrement, ce n’est pas la science, mais l’image que nos contemporains ont de la science, qui est l’origine de cette réaction. Une image de certitude et d’évidence qui n’a rien à voir avec la démarche et l’histoire des sciences. De plus, cet argument est à l’évidence un faux prétexte ; en effet, l’astrologie n’est pas non plus prouvée scientifiquement, cela n’empêche pas plus de 50% des français de lire leur horoscope au moins une fois par semaine. Par conséquent, sur cet aspect du problème entre la science et la révélation, il incombe d’être fataliste et d’attendre que l’image de la science soit plus conforme à sa réalité.





Quelle place pour la Révélation face à la science ?
(Carole Benoist)



Il y a un paradoxe dans la Révélation : quelque chose se présente comme transcendant avec toutes les particularités de l'historicité. Il y a en effet, dans la Révélation l'extériorité d'une Parole (celle de Dieu), l'autorité d'une tradition normative (l'Eglise), la lecture de l'Ecriture à partir de la particularité des événements (herméneutique), le tout dans une clôture (la canonicité des écritures).

Pour notre culture, héritée des Lumières, il y a quatre ordres de difficulté concernant la Révélation :

* Son caractère autoritaire (qui est différent d'une culture des débats) : au nom de quel pouvoir énoncer une vérité ?
Se pose le problème de l'autonomie et de la liberté humaine par rapport à la transcendance et à une Tradition normative. Aujourd'hui tout ce qui s'énonce comme vérité doit pouvoir montrer les titres pour être reconnu comme tel et non s'imposer comme une norme.
La science, au contraire, peut rendre raison de ce qu 'elle fait (à voir tout de même le problème des postulats !).
Comment éviter le cercle de l'auto- référencement ?

* L'inspiration : qu'est-ce qui fait qu'une parole est Parole de Dieu ?
Doit-on lier immédiatement Ecriture et Parole de Dieu ? (Problème du fondamentalisme)
Au nom de quoi être porteur d'une Révélation ? Qu'est qui fonde la canonicité des Ecritures ?
La science au contraire ne se situe pas sur le plan de l'inspiration.
Le risque n'est-il pas de concevoir la raison comme auto-suffisante ?

* La positivité historique et la particularité de la médiation judéo-chrétienne : comment lier l'histoire du Salut de toute l'humanité avec une histoire contingente ?
Pourquoi un africain ou un aborigène, doit-il passer par l'histoire juive pour entendre la Révélation ?
Pourquoi la médiation chrétienne est-elle nécessaire ?
Dieu oui, à la rigueur, mais l'Eglise ?
La science vise l'universel.
Le problème soulevé est celui de l'élection : le particulier peut-il mener à l'universel ?

* La clôture de la Révélation
La Révélation est close avec la mort du dernier apôtre.
Garder le dépôt de la foi est-il contradictoire avec la dynamique chrétienne ?
La science, au contraire vise le progrès.

La coupure entre science et foi s'établit nettement pour Kant et la modernité. Kant établit la raison autour de la constitution du savoir comme savoir d'objet (et non comme sagesse, par exemple). Trois arguments sont alors portés contre la foi :
1. Le rationalisme critique (la science est objective, elle vise l'universel, alors que la foi est subjective, elle est de l'ordre du sentiment).
2. L'exigence d'universel (c'est toujours la foi d'une personne).
3. La perte de liberté du croyant (le sentiment nous aliène).

Mais le chrétien peut retourner ces arguments :
1. Pour le chrétien, il y a un principe critique radical : la croix, c'est-à-dire la mort de l'innocent. Ce n'est pas une consolation sucrée, ni même une béquille.
2. D'accord pour la recherche de l'universel, mais un universel concret (et non abstrait comme une idée) : le Christ n'est pas une abstraction. Ce qui fait l'universel c'est la vérité du particulier.
3. Il n'y a de liberté réalisée que dans l'engagement.

Contre l'accusation de subjectivité du croyant voyons ce que Saint Thomas d'Aquin nous dit de l'acte de croire (Somme Théologique, Iia-Iiae, q. 2 ad). Croire est sans doute un acte d'intelligence puisqu'il a pour objet le vrai mais il ne faut pas prendre ici l'acte de cogiter comme un acte de la faculté cogitative mais comme un acte de l'intelligence. Il n' a pas à l'intérieur de la foi une recherche de la raison naturelle pour démontrer ce que l'on croit, mais il y a une recherche de ce qui peut amener l'homme à croire (par exemple ce que Dieu a dit). L'assentiment de la Foi est pris pour un acte de l'intelligence en tant qu'elle est déterminée par la volonté à un parti.

Ainsi la Révélation comme Parole de Dieu n'est pas une vérité imposée mais proposée. Elle est même exposée (aux deux sens du terme c'est-à-dire attestée et vulnérable).
Elle invite l'homme à se comprendre à partir de Dieu, c'est-à-dire, à partir de la la foi en tant qu'elle est constamment rapportée à notre condition temporelle. Cependant elle ne renvoie pas l'homme à sa subjectivité. Ainsi ce n'est pas un savoir ou une chose qui est révélé mais une personne. Comme le dit K. Barth, seul Dieu parle bien de Dieu : la Révélation est réelle avant même d'être pensée car Dieu n'est pas ce que je pense. La Révélation est antérieure à ce que l'on peut en dire. Il ne faut pas confondre Dieu avec notre désir, il n'est pas la projection de ce que nous cherchons.
La Révélation est mouvement de Dieu vers l'homme mais nous n'avons pas fini de réaliser ce que signifie que Dieu se communique : la plénitude de la Révélation ne peut être qu'eschatologique.
Ainsi la Révélation est reçue comme ouverture à l'altérité, écoute d'une Parole, rencontre d'une personne exposée, alors que la science est d'abord exercice de l'intelligence humaine : l'homme cherche à comprendre le monde qu'il habite.