La parabole des talents





par Jean-Yves Meunier (Texte 1)

par Mgr Albert Rouet (Texte 2)
par Carole Benoist (Texte 3)
par Stéphane Marcireau (Texte 4)



La parabole des talents
(Jean-Yves Meunier)


Il est primordial de situer un texte biblique car il prend sens dans un cadre plus général, dans un contexte particulier ; même si dans le cas de Matthieu, cette parabole des talents s'inscrit dans une série de discours. Cela signifie que cette parabole peut être considérée comme une pièce rapportée, un morceau du canevas aisément déplaçable. Il n'en reste pas moins que la place voulue de cette parabole n'est pas neutre, nous le verrons plus après.

C'est une parabole très portée, à première vue, sur l'argent et la gestion qui en découle : biens, talents, faire valoir, gagner, amasser, argent, banquier, intérêt… Nous pourrions croire que Jésus fait l'éloge de cette idole, qu'il loue les vertus de l'amoncellement et du profit. Ce fut parfois une lecture mais qui est vite contrebalancée (comme souvent dans les évangiles) par d'autres sentences ou paraboles (le jeune homme riche, le riche et le chameau, Magnificat, etc.) qui dénoncent la richesse.

La clé de compréhension de cette apparente ambiguïté est certainement dans Luc 12, 16-21 : "Et il leur dit cette parabole : les terres d'un homme riche avaient beaucoup rapporté. Et il raisonnait en lui-même, disant : que ferai-je ? Car je n'ai pas de place pour serrer ma récolte. Voici, dit-il, ce que je ferai : j'abattrai mes greniers, j'en bâtirai de plus grands, j'y amasserai toute ma récolte et tous mes biens ; et je dirai à mon âme : mon âme, tu as beaucoup de biens en réserve pour plusieurs années ; repose-toi, mange, bois, et réjouis-toi. Mais Dieu lui dit : insensé ! cette nuit même ton âme te sera redemandée ; et ce que tu as préparé, pour qui cela sera-t-il ? Il en est ainsi de celui qui amasse des trésors pour lui-même, et qui n'est pas riche pour Dieu." Ainsi, il apparaît que la richesse en elle-même, pour elle-même n'a pas de valeur aux yeux de Dieu. La parabole des talents ne doit pas donc être lue sous le registre financier (nous nous en excusons auprès des banquiers) : l'argent évoqué à travers les talents n'est qu'une métaphore qu'il nous faut découvrir tout au long du texte.

Toutefois, si c'est l'argent qui est utilisé comme vecteur de la parabole, il ne faut pas en ignorer les aspects. Les talents du voyageur représentent une immense fortune, de celle dont ne peuvent que rêver les serviteurs mentionnés. Au-delà de la compréhension moderne du mot "talent" comme "habileté" ou "disposition", le terme signifie bien que ce qui est laissé aux serviteurs a une grande valeur. Si nous acceptons que cet homme itinérant soit Dieu (celui d'Abraham, de Moïse, grands voyageurs), nous remarquons qu'en confiant tous ses biens, il ne peut offrir que ce qu'il a de plus précieux : son Esprit, son Amour, sa Vie. Les serviteurs reçoivent ainsi la perle de grand prix, le trésor caché dans le champ, un bien inestimable. L'attente de Dieu est étonnamment absente en ce début de parabole : Il donne sans retour. Cela peut symboliser le don de la vie, le souffle originel. Chacun reçoit selon ses capacités : Dieu ne nous surestime pas mais de même ne nous sous-estime pas. Il donne en connaissance de cause selon nos possibilités. Son départ pour un long voyage est un enseignement sur "l'absence" apparente de Dieu dans nos vies. Dieu ne gère pas nos vies à notre place, il nous fait confiance ; Il nous convie à être co-gestionnaire de sa Création en quelque sorte. Il nous élève à sa hauteur en nous voulant responsables. Or, il est de notre devoir de prendre au sérieux cette responsabilité offerte par le Créateur. Elle comporte de la joie, celle de participer, d'œuvrer et d'accomplir mais aussi de la difficulté : échec, épuisement, renoncement. Il est à noter que cette responsabilité se termine un jour par le retour du Voyageur ; "longtemps après" signifiant qu'il faut attendre la mort des serviteurs pour un débriefing final. Un peu comme pour les ouvriers de la dernière heure, ce qu'offre en retour les deux premiers serviteurs comble de manière identique le maître. Dieu n'attend pas de nous d'aller au-delà de nos limites humaines et il reçoit avec autant de bonheur les grands comme les petits quelles que soient les capacités mises en jeu. Un saint est autant aimé de Dieu qu'un simple croyant bon et fidèle. Voilà ce que demande Dieu : bonté et fidélité. La joie qui leur est offerte en contrepartie annonce la Résurrection, promesse de félicité.

Le mauvais serviteur est celui qui, par peur, par lâcheté, par renoncement, oublie le trésor qu'il possède en lui. Ignorer ses talents, c'est tomber dans la médiocrité de la vie, source de malheur et d'infidélité. Ce serviteur n'avait reçu qu'un seul talent et s'il avait fait fructifier celui-ci, le maître aurait été pleinement satisfait. Mais il a préféré "s'endormir" pour éviter toute responsabilité dans la co-gestion de la Création. C'était la voie de la facilité : en faire le minimum (au moins il n'a pas perdu ou consommer le talent), espérer que d'autres contenteront le maître, ne pas faire profiter les autres de son talent si minime soit-il, etc. Ce serviteur voulait un Dieu omniprésent et actif mais sans se rendre compte que même Dieu absent, il reste paralysé. Il voulait d'un Dieu qui ne le laisse pas libre, d'un Dieu qui ne délègue rien.

Si le talent originel est la vie même de Dieu, le mauvais serviteur en demandant à Dieu de reprendre son bien initial se détourne définitivement de la joie promise, de la Résurrection, Vie en surabondance. Dans ce cas, il ne peut qu'être en Enfer.

Le contexte permet de mieux affiner la compréhension de la parabole des talents : le texte suivant est celui du Jugement Dernier. Le parallèle entre les deux textes paraît intéressant voire essentiel. La seconde parabole répond à la question laissée en suspens : comment être bon et fidèle ou comment faire fructifier ses talents ? Réponse : en œuvrant pour les plus petits d'entre nous. Ces deux paraboles me paraissent donc indissociables. Le châtiment annoncé est le même et la récompense identique.

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Matthieu 6, 19-21 : "Ne vous amassez pas des trésors sur la terre, où la teigne et la rouille détruisent, et où les voleurs percent et dérobent ; mais amassez-vous des trésors dans le ciel, où la teigne et la rouille ne détruisent point, et où les voleurs ne percent ni ne dérobent. Car là où est ton trésor, là aussi sera ton cœur."







La parabole des talents (Mgr Albert Rouet)

Luc 19, 11-27

La parabole des mines propose un travail sur les pulsions. Elle en précise les modalités. Le risque, en effet, de toute sublimation consiste à projeter en Dieu les forces les plus obscures du psychisme, puis à les identifier à Dieu, empêchant en retour d'effectuer un vrai travail de conversion. Il ne suffit pas de dire que Dieu ne veut pas la guerre pour savoir ce qu'il veut que l'homme recherche : ce qu'est la paix demeure si complexe !

Le passage de Luc diffère grandement de la parabole des talents chez Matthieu. Non seulement à cause de la valeur de la mine (un 60e de talent, soit le salaire de 100 jours de travail d'un journalier agricole : "une toute petite chose" ; 19, 17) ; non seulement encore parce que Luc encadre la parabole dans un récit manifestement allusif aux déboires d'Archélaüs, un des successeurs d'Hérode le Grand qui, en l'an 4, dut venir à Rome quémander la Royauté contre l'avis d'une ambassade de 50 Juifs qui ne voulaient pas de lui. Deux grandes différences distinguent Luc de Matthieu : le point de départ et la finalité. Chez Matthieu, il s'agit de la venue du Royaume à la fin des temps (aux talents correspondent de nouveaux talents en récompense) ; la finalité concerne ici l'espérance ultime (entrer dans le Royaume ou en être rejeté : 25, 12, 30). Telle n'est pas l'optique de Luc.

Chez Luc, le point de départ est précisément relaté. Jésus s'est invité à dîner chez Zachée. Tout à la joie de l'accueillir (19, 6), le publicain rachète ses exactions. Jésus de s'exclamer : "Aujourd'hui, cette maison a reçu le salut… car le Fils de l'Homme est venu chercher et sauver ce qui était perdu" (v. 9-10). L'annonce du Règne de Dieu venant purifier son peuple, trouve là un signe de sa réalisation. Car Zachée opère une restitution de ce qu'il a pris au-delà de l'imposition légitime, selon le barème de la loi. Autre indice : le dîner à Jéricho a lieu pendant la montée à Jérusalem, ville où le Messie doit apparaître (9, 51 ; 13, 33) : l'entrée à Jérusalem suit immédiatement notre parabole.

Très naturellement donc, Luc note ceci : "Comme les gens écoutaient cela (le discours de Jésus à Zachée), il dit encore une parabole, parce qu'il était près de Jérusalem, et qu'ils (les gens) s'imaginaient que le Royaume de Dieu allait apparaître à l'instant même" (v. 11). Le thème précis de la parabole vise la temporisation de la venue du Règne (thème fréquent dans les épîtres) et l'attitude à prendre pendant cette attente.

Le récit lucanien expose quatre solutions, quatre comportements possibles devant le Royaume qui tarde. Deux font appel à une stratégie de conquête : l'homme de haute naissance et l'ambassade de ses concitoyens. L'un veut obtenir un titre, les autres gagner son rejet.

Le prétendant à la couronne se plie aux règles drastiques du pays lointain et puissant qui peut le faire roi ou le déjuger. Roi, il le sera au point d'égorger ses adversaires perdants (v. 27) ; serviteur de l'étranger, il l'est plus encore. En cela, il diffère considérablement du roi de saint Matthieu. Les serviteurs à qui le prince confie ses biens, sont dans la situation où vivent les chrétiens fonctionnaires de l'empire, des municipalités ou des seigneurs locaux : ils gèrent de l'argent privé ou public. Tel Eraste (Rm 16, 23).

Les opposants cèdent à la haine (v. 14) et dépêchent une ambassade pour refuser ce roi. Cette démarche empreinte de ruse et de plaidoiries, cherche aussi à mettre la main sur le pouvoir.

Les deux figures rejoignent le prologue de Jean : le prince suit la loi du sang ; les opposants, la volonté de la chair (Jn 1, 13). Chacune à sa manière veut s'emparer du Règne et forcer le Ciel à leur donner raison. En ce cas, Dieu cautionnerait les entreprises humaines. Remarque intéressante : Luc ne porte aucun jugement sur les attitudes du prince et de ses adversaires. Il les relate, sans plus. Silence décisif : Dieu n'entre pas en dialogue avec ces violences ouvertes ou feutrées. Sa Parole est ailleurs.

Viennent donc les dix serviteurs du prince. Chacun reçoit une mine (v. 16). Deux comportements se font alors jour. Le troisième (v. 20) qui rend ses comptes n'a rien fait (comme en 2 Th 3, 6-11). Son oisiveté a entouré la mine confiée dans un linge, un linceul. Une paralysie mortelle l'habite, qui compose de son maître un visage violent. Loin d'être excité au travail par sa peur, il s'enferme dans l'inaction. Pour lui, son seigneur vit de violence sévère et de rapines : il est maître en vols et pillages. Ce serviteur se situe face à son seigneur dans la même position de refus que l'ambassade devant le prétendant au trône. Seulement, loin d'agir, il s'enferme dans l'inertie, écrasé par les images de violence qui le hantent. Le portrait de son maître résulte de ses angoisses refoulées, de sa propre haine.

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Ces trois solutions ratent l'accès au Royaume, par ambition, par ruse ou par blocage. Le Royaume n'appartient ni aux violences, ni à l'angoisse du refoulement. Interpréter le pardon accordé à Zachée comme l'inauguration d'une purification brutale, comme l'autorisation de démarches de rejet ou comme la permission d'un total attentisme, cette interprétation est fausse, car elle émane de trois formes de violence.

Que reste-t-il à faire ? Son travail quotidien. Ce que font les deux premiers serviteurs. Telle est d'ailleurs la définition du serviteur fidèle et avisé : il s'occupe à distribuer les rations de blé (12, 42-43). Un monde s'offre, à faire fructifier. Les fruits récoltés promettent de plus abondantes moissons. Il est donc logique que celui qui a su gagner dix mines reçoive aussi la mine délaissée.

Dieu se désengage de la violence. La parabole de Luc retire aux violents, par ambition ou par refoulement, l'accès au Royaume. La sublimation opérée, la foi ne livre pas le croyant aux images qu'il se fabrique. Certaines projections sur Dieu sont particulièrement dangereuses, à preuve les imaginations du troisième serviteur. La vérité de la sublimation se concentre donc dans la fidélité au travail à accomplir.

Le contraire de la violence n'est pas la tranquille oisiveté, ce juste milieu insignifiant ("aurea mediocritas"). L'opposé de la guerre n'est pas n'importe quelle paix, parfois imposée avec tant d'injustice. Le texte renvoie à une ardeur, donc à une utilisation transformée de la violence, afin que cette passion alimente le contact avec Dieu et que ce contact brûle pour travailler cette terre. En Matthieu, la récompense accorde cinq et deux talents nouveaux. Chez Luc, les serviteurs reçoivent dix et cinq villes (v. 18-19), donc des villes à administrer, à rendre humaines.

Telle est alors la pointe du texte : que trouver Dieu fasse découvrir son frère, que l'alliance avec Dieu pousse à une fraternité. Le supplice des ambassadeurs leur coupe souffle et parole, par égorgement. Leur parole les a exclus. L'avertissement tombe, précis : si le verbe du dialogue ne rejoint pas le travail, alors la terre restera inhumaine, inapte à saisir le Royaume.





La parabole des talents (Carole Benoist)


(Mt 25, 14-30 ; Lc 19, 12-27)
Ne cherche t-on pas refuge et sécurité contre Dieu lui-même dans l'exacte observance de ses commandements ?

Introduction

Le problème que pose cette parabole, comme les autres paraboles dites "eschatologiques", est le suivant : l'intelligence fondamentale que nous en donnent les évangélistes est-elle fidèle à sa signification originelle ? La transmission de la parabole des talents, telle qu'elle est transmise au sein de la communauté primitive est-elle un approfondissement de la parabole originelle de Jésus ou a-t-elle une signification différente ?
Dans la bouche de Jésus, cette parabole est une parabole de crise. Elle est adressée aux chefs religieux juifs (scribes) et aux pharisiens. Dans l'Eglise primitive cette parabole a reçu des applications diverses : elle a d'abord été comprise comme un enseignement sur la façon dont Dieu sanctionne et récompense ("car à celui qui a, Dieu donnera encore ; à celui qui n'a pas, il prendra même ce qu'il a", ajout à la parabole originelle). Ensuite on a mis la parabole en relation avec la Parousie (retour de Jésus à la fin des temps) : le négociant devient chez Matthieu une figure allégorique du Christ, son voyage est identifié à l'Ascension et son retour à la Parousie qui fait entrer (ou rejette en dehors) du festin messianique. Pour Luc le but de la parabole est de justifier le retard de la parousie !
Comme on le voit nous serons d'abord confrontés à un problème historico-critique d'interprétation : comment atteindre au-delà des ajouts successifs une parabole primitive ?
Ensuite nous nous attacherons à ce que nous pouvons comprendre de la prédication originelle du Christ.
Puis nous réfléchirons aux enjeux théologiques et anthropologiques soulevés par le choix du Royaume tel qu'il est prêché par le Christ.

1- L'accent mis par les évangélistes en fonction de leur théologie et de leur contexte

Genre littéraire
Il s'agit d'une parabole de jugement. Les paraboles de Jésus sont es proclamations du Royaume faites dans des occasions particulières de son ministère. C'est une métaphore élargie mais concrètement située. La parabole ne peut-être séparée du paraboliste et de sa relation avec ses auditeurs. Elle propose un paradigme concret pour l'existence. Ici les destinataires sont tous les hommes auxquels parvient le message du Royaume : notre conduite correspond-elle à la bonté de Dieu ?

Contexte de la parabole (1)
Cette parabole a d'abord été racontée par Jésus à l'intention de ses adversaires, puis elle a été reprise pour l'instruction des premiers chrétiens par les prédicateurs de la communauté primitive. Enfin, Matthieu et Luc, chacun de leur côté l'ont mise par écrit en songeant aux besoins immédiats de leurs lecteurs. Ces étapes ont laissé leurs traces dans le texte.

Historico-critique et genèse du texte
Luc, ou sa tradition, aurait fusionné avec la parabole des talents une autre parabole primitivement indépendante : celle du prétendant royal qui, parti à l'étranger pour recevoir l'investiture, est contrecarré par ses concitoyens, dont il tire finalement une terrible vengeance. La forme courte de Matthieu est plus proche de la parabole originelle, chez Luc, les traits qui se rattachent à l'image du prétendant royal constituent une surcharge.
Quelques divergences mineures :
- Matthieu parle de 3 serviteurs, Luc de 10 puis de 3 ("le premier", "le deuxième", "l'autre").
- Les sommes remises sont comptées chez Luc en mines, chez Matthieu en talents. Une journée de salaire égale un denier, la mine vaut 100 deniers, le talent en vaut 6000. Les sommes dont parle Matthieu sont donc énormes. Chez Matthieu, le serviteur qui a reçu un talent est obligé de l'enterrer car il reçoit 26 kg de métal !
- Chez Matthieu, les bons serviteurs doublent la somme reçue. Chez Luc, ils gagnent du 10 et du 5 pour un. La présentation de Luc n'est pas la plus vraisemblable car elle attire l'attention sur les bons serviteurs (Lc 19, 20), alors que le récit parabolique s'intéresse davantage au mauvais serviteur.

Dominée par un intérêt christologique, la parabole devient allégorisme. On distingue trois noyaux (2) : le jugement qui aura lieu lors du retour glorieux du Fils de l'homme ; le comportement chrétien à l'égard du capital confié par le Seigneur pendant le temps de son absence, le présupposé d'un prochain retour du Seigneur comme juge.

L'interprétation de Matthieu
Trois observations : l'évangéliste ajoute des précisions dans les sentences portées par le maître sur chacun de ses serviteurs :
- "Entre dans la joie de ton maître" v 21. Cette phrase n'est pas présente chez Luc. Il semble faire allusion à un banquet messianique. Elle est répétée au v 23, pour le second serviteur fidèle. Pour le mauvais serviteur, le v 30, précise : "Jetez-le dans les ténèbres extérieures ; là seront les pleurs et les grincements de dents". Ces phrases débordent le cadre de la parabole : les sentences du maître sont celles du souverain Juge lors du jugement eschatologique. Matthieu a voulu que ses lecteurs reconnaissent dans la parabole une description du jugement dernier.
- Matthieu introduit le récit par un "car". Cette conjonction relie étroitement la parabole à la sentence qui précède "veillez donc, parce que vous ne savez ni le jour ni l'heure". Pour lui, cette parabole doit faire comprendre aux chrétiens la nécessité de "veiller" et de se montrer vigilants, c'est-à-dire, ne pas être pris au dépourvu à l'heure de la Parousie.
- Les adjectifs qui qualifient les serviteurs : premier serviteur ("serviteur bon et fidèle", alors qu'en Luc "serviteur bon"). Il s'agit de se montrer "fidèle". Le troisième serviteur ("serviteur mauvais et paresseux" et en finale "serviteur inutile", alors qu'en Luc "mauvais serviteur"). Aurait-il fait preuve de moins de paresse en portant l'argent à la banque plutôt que de l'enterrer ? En le qualifiant de paresseux, Matthieu songe à la leçon qu'il veut inculquer aux chrétiens. Ainsi pour avoir part au salut, il ne suffit pas d'écouter la parole de Dieu, il faut la mettre en pratique (Mt 7, 21-24 ; 12, 50 ; 21, 31) pour lui faire porter du fruit (Mt 3, 10-12 ; 7, 19-20 ; 12,33 ; 21, 41). L'Evangile est un capital que l'on ne peut laisser stérile.

L'interprétation de Luc
Trois observations :
- Luc accorde une grande importance à cette parabole dans la mesure où il la place à un tournant important de son évangile. En 9, 51 Luc avait commencé le récit de la montée de Jésus vers Jérusalem. Le voyage est rappelé régulièrement lors des 10 chapitres suivants. Il arrive à son terme avec la parabole des mines. L'arrivée dans la ville sainte est rapportée immédiatement après, mais déjà annoncée dans le verset qui sert d'introduction : "il dit encore une parabole, parce qu'il était près de Jérusalem et qu'on pensait que le Royaume de Dieu allait apparaître immédiatement" (19, 11).
- La parabole ne se rattache pas temps à l'arrivée à Jérusalem, qu'à la question de savoir "quand viendra le Royaume de Dieu" (17, 20). Il s'agit de montrer que Jésus ne considérait pas comme prochaines sa parousie et la manifestation glorieuse du Royaume. Il prévoyait un délai assez long, puisque le voyage entrepris par l'homme de haute naissance pour un pays lointain afin d'être investi de la royauté, ne reviendra pas de sitôt. L'erreur dangereuse aux yeux de Luc, c'est de s'imaginer que le temps est proche et la fin imminente. La parabole des mines doit servir à combattre l'illusion d'une fin prochaine : l'apparition du Royaume de Dieu n'est pas pour tout de suite.
- Il est clair qu'il s'agit d'une parabole de jugement. Si le retour du maître n'est pas prochain, il est certain qu'il reviendra (v 12, 13-15) : il réclamera des comptes et tirera vengeance de ses ennemis. Luc ajoute une phrase au début du récit. Avant de partir, le maître dit : "faites valoir (l'argent) jusqu'à ce que je revienne" v 13. Luc insiste sur la responsabilité qu'entraîne la connaissance de la volonté divine. Le mauvais serviteur n'est pas un paresseux comme chez Matthieu, mais plutôt un désobéissant : il n'a pas accompli la volonté de son maître alors qu'elle lui était signifiée explicitement. Le chrétien a une responsabilité : ayant l'avantage de savoir exactement ce que Dieu attend de lui, il aura à en répondre au jugement. "a quiconque aura été donné beaucoup il sera beaucoup demandé".

L'interpellation de la prédication chrétienne primitive
Dans la forme où elle est parvenue aux évangélistes, la parabole avait déjà une conclusion. Chez Luc, v 26 : "je vous dis qu'à tout homme qui a il sera donné, mais à celui qui n'a pas, même ce qu'il a lui sera enlevé". Chez Matthieu, v 29 : "à tout homme qui a il sera donné, et il aura en surabondance ; mais celui qui n'a pas, même ce qu'il a lui sera enlevé".
Pour Matthieu la faute du mauvais serviteur n'est pas lié au fait qu'il a peu, mais à n'avoir pas augmenté ce qu'il a reçu ?
En ajoutant cette conclusion, la prédication chrétienne cherche dans la parabole une illustration du principe général suivant lequel nous seront jugés d'après ce que nous aurons, ou n'aurons pas. L'intérêt de cette adition réside moins dans le fait du jugement auquel nous serons soumis que la manière dont le jugement se fera : en proportion de ce qu'on aura. L'optique est celle d'une exhortation à se montrer actif en faisant passer dans ses actes le message évangélique. Cette préoccupation semble antérieure à la rédaction du premier évangile.

2- La parabole "originelle"

La parabole dans la prédication de Jésus
- La pointe du récit : le départ du maître et l'argent confié aux serviteurs ne sont que des présupposés à la scène principale : la reddition des comptes au moment du retour du maître. Celle-ci se passe en trois tableaux car trois serviteurs comparaissent successivement devant leur maître. Seul le troisième à de l'importance, les deux premiers qui ont bien travaillé sont vite réglés. Les deux cas sont traités rigoureusement en parallèle. Nous avons un exposé antithétique : les deux premiers serviteurs / le troisième dont le cas est développé. Le personnage important est le mauvais serviteur. L'enseignement de la parabole est dans le dialogue final entre lui et le maître.
- Les destinataires et leur problème : les explications que donne le mauvais serviteur renvoi à une situation concrète. Il se place sur le terrain de la justice : ce qui t'appartient, je te le rends, il n'y manque rien. En stricte justice sa conduite est inattaquable. Cependant le serviteur sait que son maître comptait recevoir davantage. Il explique la raison pour laquelle il a caché l'argent et empêché de le faire valoir : sa conduite a été dictée par la crainte que lui inspire son maître. Il n'a songé qu'à conservé intact le dépôt de son maître. Il n'a pas voulu courir de risque. Le maître apparaît au serviteur comme un homme qui s'enrichit en prenant ce qui ne lui appartient pas, qui exige ce à quoi il n'a pas droit. Pour se défendre, le mauvais serviteur attaque : moi je suis juste, c'est toi qui ne l'est pas. Sur le plan de la réalité religieuse, quelque chose se passe qui provoque chez les destinataires de la parabole, une réaction indignée qui leur fait dire "ce n'est pas juste". Il s'agit de gens incontestablement remplis de la crainte de Dieu, soucieux de rendre à Dieu tout ce qui lui est dû et de le servir fidèlement sans jamais transgresser ses commandements. C'est l'attitude des pharisiens ! Ils s'insurgent devant la manière dont se conduit Jésus : si Dieu agissait réellement de cette manière là ce ne serait pas juste. Dieu ne peut être tel que Jésus l'enseigne et le montre. Ils ont conscience d'avoir la justice de leur côté. Il s'agit de montrer à ces gens qu'ils sont dans l'erreur. Ce que fait le maître de la parabole qui exprime le point de vue de Dieu tel que Jésus le comprend.
- L'enseignement de la parabole : la réponse tient en deux versets. Dans le premier le maître répète ce que le serviteur vient de dire à son sujet. A l'accusation portée contre lui, le maître ne se défend pas. En entrant dans le point de vue du serviteur, il veut lui montrer son erreur. Le second verset lui fait comprendre qu'il se trompe. Il adopte un paradigme de sécurité stérile. Il a placé la sécurit é de l'argent et du coup sa propre sécurité, au-dessus de tout le reste. Sauvegarder à tout prix sa propre sécurité est sa seule préoccupation. Mais à force de rechercher la sécurité, l'existence de cet homme devient aride et stérile. L'habilité du serviteur consiste à occulter ses motivations réelles derrière une auto-justification bien construite. Cependant, le serviteur, parce qu'il est serviteur, a le devoir de servir et de donner satisfaction à son maître. Jésus a devant lui des gens qui repoussent son message et les exigences qu'il entraîne, qui prétendent s'en tenir à la lettre de la Loi et en attendent leur sécurité devant Dieu. Ils estiment ne pas avoir à se soucier de l'appel que Jésus leur adresse. A quoi Jésus répond qu'une telle attitude méconnaît la vraie nature du rapport qui lie l'homme à Dieu : l'homme est son serviteur.

Dans la pensée de Jésus, le mauvais serviteur représente des hommes qui se font une idée fausse de la religion, du rapport qui lie l'homme à Dieu. Ils cherchent refuge et sécurité contre Dieu lui-même dans l'exacte observance de ses commandements. Mais l'amour n'a pas peur du risque.

4 axes
1- L'appel à suivre Jésus se réalise de façon identique. Il n'y a pas de différence, l'argent est confié aux trois de la même manière.
2- Les serviteurs acceptent la confiance que le maître leur fait.
3- Il faut prendre ses distances par rapport à une attitude correcte et scrupuleuse, même conforme à la législation.
4- Celui qui bâtit son existence d'après un paradigme de sécurité stérile peut difficilement partager la vie que Jésus mène. C'est dans le manque de sécurité seulement qu'une option peut être féconde.

Conclusion
Les auditeurs sont invités à reconnaître qu'il y a une attitude insuffisante par rapport au Royaume que prêche Jésus. Dans la parabole du trésor et de la perle, les personnages doivent immédiatement tirer parti d'une chance inattendue : on ne peut laisser passer l'occasion de sa vie. La proximité du Royaume proclamée par Jésus exige des décisions qui doivent se prendre sans hésitation et sans réticence. On y présente le fait de l'option en positif et en négatif, personne ne cherche de demi solution. Mais dans les paraboles des dix vierges et des talents, l'exigence d'une option cohérente pour le Royaume est posée de façon différente. Les personnages qui réussissent ou échouent adoptent un comportement sur lequel la parabole est axée. Ainsi, parmi les dix vierges, il y en a qui veulent entrer aux noces mais qui dès le départ manquent du nécessaire et se débattent dans leurs contradictions : elles veulent participer au Royaume mais restent dans l'ambiguïté et la confusion. Ici la parabole vise des gens qui ont accepté le dépôt que leur confiait leur maître, mais se réfugient dans une sécurité stérile. On se décide à répondre à l'appel, mais on se débat dans un paradigme d'existence inadéquat. Jésus propose l'ouverture à un monde axé non sur la conservation, mais sur le gain acquis par celui qui sait prendre des risques. L'option pour le Royaume est dangereuse dans la mesure où elle comporte toujours un risque mais plus dangereuse est la recherche d'une sécurité qui, renfermée sur elle-même, mène l'homme à la stérilité.

3 axes de réflexion
1- Jésus a devant lui des gens qui repoussent son message et les exigences qu'il entraîne, qui prétendent s'en tenir à la lettre de la Loi et en attendent leur sécurité devant Dieu. Ils sont enfermés dans une fausse image de Dieu et ne peuvent le reconnaître en Jésus-Christ.
2- Cette parabole nous rejoint dans nos vies : on se décide à répondre à l'appel de Jésus pour le Royaume, mais on se débat dans un paradigme d'existence inadéquat.
3- C'est dans le manque de sécurité seulement qu'une option peut être féconde.

(1) : J. Dupont, Etudes sur les Evangiles synoptiques, tome II, Leuven, 1985
(2) : "La parabole des talents", Armand Puig i Tarrech, in A cause de l'Evangile, mélanges offerts à Dom Jacques Dupont.





La parabole des talents (Stéphane Marcireau)


Matthieu 25, 14-27 : les trois absents…

Concernant la parabole des talents, nous essaierons, dans un premier temps, de comprendre et d'interpréter l'attitude des trois serviteurs. Pourtant, d'autres comportements seraient envisageables… Alors, au-delà des trois serviteurs présentés dans cette parabole, ne pouvons-nous envisager trois autres façons d'être. Ces "trois absents" sont peut-être des figures emblématiques de notre temps…

L'attitude des deux premiers serviteurs met en évidence le retrait du troisième.

Les deux premiers serviteurs reçoivent l'argent de leur maître. Celui-ci ne leur donne pas d'instruction précise concernant cette forte somme. Or les deux premiers serviteurs vont faire fructifier cet argent : ils vont "faire valoir cet argent" et en "gagnent" davantage alors qu'il n'était pas dit qu'ils auraient un intéressement aux gains. Autrement dit, ils prennent part aux affaires du maître. Son Bien est leur Bien. Ils font fructifier son argent comme si c'était aussi leur affaire. Ils se sont appropriés la somme confiée.
Les deux serviteurs reçoivent des sommes diverses mais c'est selon leur capacité. En tout cas, ils multiplient par deux la somme confiée, donc l'argent a "travaillé" de façon similaire !
Le troisième serviteur, lui, va enfouir cette somme. En enterrant cette somme il la met à distance et, symboliquement, il la "foule aux pieds". Il ne s'approprie pas cette somme et agit comme si le Bien du maître lui était étranger.Ce qui est au maître n'est pas à lui et il refuse de participer à l'enrichissement du propriétaire. D'ailleurs le maître fait remarquer qu'il était possible de confier l'argent à la banque : un autre que le serviteur se serait approprié cet argent et l'aurait fait fructifier.
Nous pourrions déjà remarquer que si la Parole de Dieu désigne la fortune confiée aux serviteurs, il est possible de recevoir cette parole, de la faire fructifier et d'en être récompensé. Cependant il est aussi possible de recevoir cette parole, de la conserver… et d'avoir pourtant trahi la confiance de Dieu. Recevoir la Parole de Dieu ne suffit pas, il faut se l'approprier et prendre part à sa fructification.

Nous pouvons déjà remarquer que les trois serviteurs sont présents lorsque le maître revient et qu'ils lui remettent au moins la somme confiée. Ils craignent leur maître et le châtiment qu'il infligerait en cas de désobéissance. Mais justement ne faudrait-il pas envisager des comportements inattendus pour les rédacteurs de cet Evangile ? Et si un serviteur avait tout dépensé ? Et si un autre avait refusé cet argent ? Et si un dernier serviteur - décidé à participer à la fructification de cette somme - était arrivé après le départ du maître ?

Le quatrième serviteur serait celui qui dépenserait le bien qui lui était confié.

Dépenser la somme confiée revient à s'approprier les biens du maître, à les assimiler et à ne plus distinguer ce qui est à soi de ce qui est à l'autre. Le serviteur se prend alors pour le maître. Non seulement il ne rend pas à Dieu ce qui est à Dieu, mais il se prend pour Dieu. Cette attitude ressemble à celle de gourous qui s'approprient certains contenus des religions dans une vision syncrétique et personnelle. Le Dieu des Evangiles n'est pas leur Dieu et ils ne lui doivent rien. Ils se sont appropriés un héritage culturel et spirituel parmi d'autres. Cet héritage initial, parce qu'il a été remanié et mélangé avec d'autres apports est donc relativisé. Nous pourrions d'ailleurs évoquer ici la notion de "sacrilège" pour définir ce qu'a fait le quatrième serviteur car il a littéralement "porté la main" sur ce qui était sacré alors que le sacré exige la distance et le respect.
Néanmoins ce serviteur avait accepté un "héritage". Mais n'était-il pas possible de refuser cette somme ?

Le cinquième serviteur serait celui qui refuserait le bien que veut lui confier le maître.

Refuser la dépendance vis-à-vis du maître, refuser toute relation, voilà l'attitude du cinquième serviteur. Celui-ci n'est même pas intéressé par le vol ou l'utilisation de cette somme à des fins personnelles. Peut-être est-il incapable de s'échapper du domaine du maître ? En tout cas, on ne peut le forcer à accepter cette somme. Ce serviteur est prêt à jouer sa vie puisque le maître pourrait décider de le mettre à mort. A moins qu'il ne mette en doute la capacité du maître à le punir ?
Ne sommes-nous pas alors face une attitude caractéristique d'une forme d'athéisme moderne ? Ce serviteur ne reconnaît pas la richesse qui lui est confiée et il doute même du pouvoir de ce maître avec lequel il veut abolir toute relation. Un athée en France aujourd'hui doit accepter - objectivement - la présence d'un héritage chrétien (littérature, architecture…) mais il peut considérer cela comme un simple héritage culturel qu'il faut relativiser (voire dont il faut se défaire) ou auquel il ne faut pas attacher de valeur spirituelle.

Le sixième serviteur serait celui qui, arrivé après le départ du maître, aurait désiré gérer une somme d'argent.

Le serviteur d'un autre maître ou tout simplement un serviteur arrivé en retard aurait pu se joindre aux trois premiers et leur réclamer une part afin de la faire fructifier. Ce serviteur volontaire surprendrait certainement les autres par son zèle. Peut-être hésiteraient-ils à lui confier une part ne sachant pas quelle serait la réaction du maître ? Peut-être estimeraient-ils que, n'ayant pas connu le maître, ce serviteur ne pourrait prendre part à la gestion des biens ? Ce serviteur retardataire pourrait d'ailleurs chercher un arrangement avec les autres serviteurs ou être prêt à leur arracher une partie du bien à gérer. Cette situation est certainement plus difficile à concevoir mais elle pourrait correspondre à l'émergence d'une "nouvelle" religion comme l'Islam (considérée à ses débuts, comme une hérésie chrétienne par Jean Mansour dit Damascène). Ce dernier serviteur reconnaîtrait l'existence d'un maître (Dieu) qu'il n'aurait cependant jamais rencontré ici-bas (Le Christ ne serait pas l'incarnation de Dieu) mais auprès duquel il aurait des comptes à rendre concernant sa vie sur terre et la propagation de la foi.

Une multitude d'attitudes pour un monde plus complexe.

Le chrétien du XXIe siècle est confronté à une situation difficilement imaginable pour l'auteur de la parabole des talents. Tout d'abord l'acceptation de la transcendance ne fait plus l'unanimité et la question de l'évaluation de notre appropriation de la parole de Dieu lors d'un jugement apparaît saugrenue pour les athées. La présence de Dieu et plus encore celle de son retour apparaissent improbables pour une bonne partie de l'humanité. Cela se cristallise d'ailleurs autour de la définition de l'homme. Si l'homme possède une âme alors une "vie autre" (après un jugement divin) est envisageable. Mais si l'homme n'est qu'un animal évolué dont le seul cerveau établit vraiment une différence avec les autres êtres vivants, alors la mort est la fin de tout.
Si l'on maintient seulement l'acceptation de l'âme et d'une "vie autre", le Dieu du christianisme s'inscrit dorénavant au milieu d'autres dieux (hindouisme) ou parmi d'autres Dieux (Islam). Si ces religions comptent des croyants sincères qui veulent oeuvrer à leur salut et à celui de leurs semblables, d'autres mouvements telles les sectes profitent de ces héritages millénaires avec des intentions moins louables et plus vénales.

Il s'agit donc de rester fidèle à une parole qu'il faut s'approprier sans cesse (sinon on "l'enterre" comme le troisième serviteur) sans se confondre avec elle (comme le ferait le quatrième serviteur) et annoncer un Dieu aux athées (représentés par le cinquième serviteur) et un Dieu différent des autres religions (sixième serviteur).